Le directeur-fondateur de Visa For Music, Brahim El Mazned, revient dans cet entretien sur les grandes lignes de la quatrième édition, et dresse un pré-bilan, tout en évoquant le MoMEx et les musiques actuelles.

 

Reporters : Quel pré-bilan faîtes-vous de la 4e édition de Visa For Music, qui s’est tenu du 22 au 25 novembre ?
Brahim EL MAZNED : Cette édition a été extrêmement riche à la fois par la qualité des prestations, 50 ensembles et DJ présents, venus de 35 pays, plus de 1 500 délégués venus de 85 pays, dont environ 400 artistes. Les concerts étaient au rendez vous avec une excellente qualité. Les thèmes des conférences et des ateliers étaient de très haut niveau. Le public adhère à cette manifestation et il y est très attaché.

A la lumière de cette édition et même des précédentes, quels sont vos objectifs pour la prochaine ?
J’avoue que Visa For Music a été adopté par les collègues de tout le continent africain que ça soit du Maghreb, d’Afrique de l’Ouest, de l’Afrique de l’Est et du Sud sans oublier la diaspora. C’est l’occasion pour les professionnels européens, américains et autres de connaître l’actualité de notre région. L’objectif aujourd’hui et de renforcer cette image et d’étoffer le contenu et de toucher de nouveaux territoires. L’objectif est d’offrir à nos artistes, notamment du continent, plus d’opportunités de rayonnement à travers le continent et à travers le monde.

Clairement, le VFM a gagné en importance et attire les professionnels, mais quel genre de difficultés rencontrez-vous dans la mise en place de cet événement ?
Ce type de manifestation est peu compris par les potentiels partenaires dans nos régions, ce qui met pas mal en difficulté à trouver les financements. Mais la ville de Rabat a des ambitions de devenir une grande capitale culturelle africaine. Ce projet peut contribuer à cette ambition. J’espère que les moyens vont suivre.

La construction de la programmation de cette année a fait, comme d’habitude, la part belle aux expressions actuelles, mais une plus grande place a été accordée aux Djs…
Cette année, nous avons reçu 1 042 candidatures, le jury a sélectionné 40 concerts, 2 spectacles de rue et 8 DJs, venus à la fois de l’Afrique et du Moyen-Orient, mais également du reste du monde. La musique électronique a fait la part belle de notre programmation, tout simplement, parce que de plus en plus de producteurs et DJ font de belles choses sur le continent, et nous voulons que VFM soit aussi leur rendez-vous.

D’ailleurs, ils ont beaucoup de succès auprès des programmateurs et du grand public. La programmation après minuit a été dédiée aux DJs.

 

Né du paradoxe de l’absence de visibilité et du dynamisme de la création artistique en Afrique (et au Moyen-Orient), VFM offre une tribune d’expression, aux artistes, opérateurs et acteurs culturels.
Les thèmes choisis chaque année sont en lien avec les préoccupations des artistes et des acteurs culturels de nos régions. Des sujets liés à la mobilité, liés à la culture et son rôle dans la paix sociale, des thèmes liés aux industries créatives, les rencontres des bureaux export de la musique d’ici et d’ailleurs, les sujets liés aux musiques urbaines et les rencontres des acteurs culturels de chez nous vivant à l’étranger sont des sujets très intéressants. Les débats étaient très riches et le public a été au rendez-vous.

La conférence sur les Bureaux Export de la musique a été édifiante à plus d’un titre. Nous avons notamment pu découvrir les différents modèles européens et saisir certaines nuances/différences. Vous êtes, vous-même, à la tête du MoMEx, quelle est son modèle, ses actions et ses objectifs ?
Le développement de l’industrie de la musique et de la culture d’une manière générale ne peut pas se faire sans mettre des outils essentiels en place, et les bureaux export sont des moyens importants. En Europe, ça existe depuis presque 20 ans, mais dans nos régions il n’y en a pratiquement pas, alors qu’ils peuvent apporter beaucoup pour la visibilité et la mobilité de nos artistes. Au Maroc, nous avons mis en place le Bureau Export de la Musique Marocaine (MoMEx, acronyme de Moroccan Music Export), en 2016, c’est la première plateforme officielle pour les musiques du Maroc. Avant tout au service des musiciens, sa première mission est de promouvoir les musiques et les artistes nationaux auprès des professionnels, des marchés et des publics étrangers. Il a permet à plus de 100 artistes de se produire à travers le monde, notamment dans des territoires nouveaux pour nos artistes comme au Chili, Danemark, Afrique du Sud…

D’après vous, comment se portent les musiques actuelles aujourd’hui, en Afrique et au Moyen-Orient ? Sur le plan de la création et de leur diffusion aussi.
L’Afrique est la source des musiques actuelles depuis toujours. Aujourd’hui, avec la mutation que connait la musique et le passage au non objet et la force du digital font que les artistes cherchent aujourd’hui d’autres ressources pour survivre, notamment le live. Il n’y a jamais autant de production musicale et autant de consommation de la musique qu’aujourd’hui grâce à la fois de la force de la production et des moyens électroniques dont nous disposons aujourd’hui : téléphones, tablettes etc. Mais cela ne doit pas nous faire oublier la précarité dans laquelle vit une partie de la communauté des artistes.