Propos recueillis par Milina Kouaci
Reporters : Comment s’annonce la rentrée scolaire dont la reprise se fait dans des conditions exceptionnelles ?
Boualem Amoura :
La prochaine rentrée scolaire intervient dans un contexte plus difficile que celui de l’année passée. La reprise des cours se fera dans une situation sanitaire provoquée par la propagation du variant Delta de coronavirus qui touche plus les élèves. La moyenne des contaminations est élevée par rapport à la même période de l’année passée. Je pense qu’il y a un danger sur les élèves et le personnel du secteur.
Nous avons aussi les incendies qui ont touché plusieurs wilayas et établissements scolaires, ce qui a compliqué les choses. Nous avons des établissements scolaires ravagés par le feu, notamment du cycle primaire, d’autres sont occupés par des familles sinistrées. Pis encore, les écoles touchées par les incendies ne sont pas encore remises en état. Leur réhabilitation est une opération lourde qui implique de dégager une enveloppe financière.
Et aussi des enfants sinistrés qui ont besoin d’un accompagnement psychologique afin de réduire le choc qu’ils ont vécu, notamment ceux ayant perdu leurs parents.

Si ces écoles ne sont pas réhabilitées avant le lancement de la rentrée scolaire, serait-il possible d’aller vers une rentrée graduelle et régionalisée ?
Ce que je préconise est de transférer dans l’immédiat les élèves des écoles ravagées par le feu vers les écoles limitrophes contenant des cantines en leur assurant le transport. La reconduction du système d’enseignement par répartition de groupe arrange les élèves sinistrés, car il leur permet de se reposer un jour sur deux.

Avec la reconduction du mode d’enseignement pour la deuxième année consécutive, pensez-vous que les enseignants subiront la pression du volume horaire ?
Absolument. Le mode d’enseignement de l’année passée a été reconduit, tout en augmentant en parallèle la durée de la séance de 45 minutes à 1 heure. Et ce ne sont pas seulement les enseignants qui se plaignent de la pression qu’ils subissent, mais aussi les proviseurs qui font des heures supplémentaires. En temps normal, les enseignants du cycle primaire ont 28 heures de travail par semaine, 18 heures au secondaire et 22 heures dans le cycle moyen. Des enseignants travaillent plus de 10 heures supplémentaires depuis la propagation du coronavirus et l’adoption de l’enseignement par groupe. Il faut régler ce problème par le recrutement et l’ouverture de postes budgétaires. La loi d’orientation de l’éducation de 2008 a fixé l’objectif d’arriver à une classe de 25 élèves, avec la propagation du coronavirus, nous avons des groupes de 25 élèves. La solution est dans l’ouverture de postes budgétaires.
Le ministère a dévoilé le protocole sanitaire en prévision de la prochaine rentrée scolaire qui aura lieu le 21 septembre…
Pour appliquer le protocole sanitaire, les écoles ont besoin d’être alimentées en eau, alors que nous sommes confrontés depuis quelques mois à une crise d’alimentation en eau potable. Je me demande si les collectivités locales qui gèrent les écoles primaires ont les moyens d’alimenter ces écoles en eau potable, sachant que de nombreuses écoles des trois cycles ne disposent pas d’eau courante. Il faut que les pouvoirs publics se mobilisent pour éviter que les erreurs de l’année passée ne se reproduisent.

La campagne de vaccination du personnel du secteur a été lancée dimanche dernier avec instruction de vacciner tous les enseignants des trois secteurs. Est-ce que l’obligation vaccinale est instaurée ?
Il n’y a pas d’obligation vaccinale pour le moment, mais il y a un abus de certains directeurs de l’Education qui ont émis des notes interdisant l’accès aux non vaccinés comme à Tamanrasset.

Est-ce que les pouvoirs publics sont en mesure de vacciner des centaines de milliers d’enseignants avant la rentrée scolaire et universitaire ?
Je ne pense pas que nous disposons des moyens pour les vacciner dans un délai d’un mois, d’autant que depuis le lancement de la vaccination dans le pays, nous n’avons vacciné que 2 millions d’Algériens. La France qui est un pays développé a vacciné 10 000 personnes en 3 jours au Stade de France. Je me demande si le ministère de la Santé peut mettre tous les moyens et le personnel nécessaire pour vacciner la population et le corps enseignant en même temps. Autre obstacle, il n’y a pas d’engouement du personnel du secteur pour la vaccination depuis le lancement de cette opération dimanche dernier. Ajoutons à cela que l’autorité sanitaire a recommandé de vacciner les moins de 18 ans. Nous avons 6 millions d’élèves entre collégiens et lycéens et leur vaccination implique l’autorisation parentale, sachant que les Algériens sont réticents à la vaccination. Tous ces facteurs pourraient retarder l’opération de vaccination. Il faut sensibiliser les citoyens pour qu’ils acceptent le vaccin anti-covid.