Propos recueillis par MILINA KOUACI
Reporters : La Confédération des syndicats algériens (CSA) a exprimé son exaspération face à la hausse importante des prix des produits de large consommation et appelé le gouvernement à prendre des mesures urgentes pour pallier l’érosion du pouvoir d’achat. Le gouvernement a-t-il réagi à votre alarme ?
Boualem Amoura
: Aucune réaction ou déclaration n’a été enregistrée à l’alerte et au signal de la CSA. Malheureusement, on est pris pour des mineurs qui ne peuvent faire de propositions. La situation est explosive, le pouvoir d’achat est érodé. Nous allons vers une explosion sociale alors que les solutions existent. Je cite, à titre d’exemple, le partage équitable des richesses du pays.
Le gouvernement avait promis de revoir à la hausse la valeur du point indiciaire qui stagne depuis 2007, mais par la suite, il a décidé de revoir le nombre de points indiciaires. Nous avons fait une comparaison entre la valeur du point indiciaire qui est de 45 DA avec le montant de la zakat dans la même période (2007) qui était de 35 DA. En 2021, le montant de la zakat, calculé sur la base du prix de l’or et de l’inflation, est passé à 120 DA alors que celui du point indiciaire est resté le même. Ce qui n’est pas raisonnable dans un contexte où l’inflation est galopante.

La révision du point indiciaire constitue-t-elle une divergence entre les syndicats et le gouvernement ?
La divergence est dans la non-association du partenaire social à la concertation. Il est inacceptable que les autorités prennent des décisions sans associer les syndicats autonomes. Le gouvernement nous ignore. Nous attendons la promulgation au Journal Officiel de la loi 90/14 portant sur l’exercice du droit syndical, révisée partiellement, pour que la CSA obtienne son enregistrement. C’est là que nous allons demander d’être associés au dialogue et fournir nos propositions.

Au-delà des déclarations médiatiques, que prévoit la CSA dans les jours à venir ?
Si le gouvernement persiste dans sa surdité, nous irons inéluctablement vers une protestation. Il y a une pression de la base militante d’aller vers des actions. Nous sommes obligés de renouer avec la contestation pour faire valoir nos droits. Par conséquent, chaque syndicat constituant la CSA va se réunir. Ensuite, la CSA décidera des actions à entreprendre.

La CSA a exprimé son soutien aux revendications des travailleurs du Sud et des Hauts-Plateaux…
Absolument. Les syndicats des wilayas du Sud et des Hauts-Plateaux se sont constitués dans une intersyndicale régionale. Ils ont observé trois journées de grève et des sit-in devant les sièges de wilaya. Ils demandent l’actualisation de la prime de zone calculée sur la base du barème des rémunérations de 1989. C’est notre droit et notre revendication légitime et nous les soutenons.
Le ministère du Travail a prolongé le délai de dépôt des éléments permettant d’apprécier la représentativité syndicale…
La loi 90/10 n’a pas été amendée dans sa totalité. Elle a été révisée partiellement, alors qu’elle est obsolète et en déphasage avec le monde du travail. Lorsque cette loi a été adoptée en 1990, le secteur de l’Education ne comptait que trois syndicats (SNTE, Satef, Unpef). Maintenant, qu’il compte 29 syndicats, et sera bientôt à 32, je me demande comment pourrions-nous justifier les 20% de représentativité. La clause 35 de la loi 90/14 est une entrave à l’exercice syndical.

Revenons au secteur de l’Education, le ministère vous a reçus, jeudi dernier, au sujet de l’avant-projet du statut particulier des travailleurs. Quelle sera la prochaine étape ?
Il faut d’abord savoir que la tutelle ne nous a pas remis de copie de la mouture de l’avant-projet de loi. La tutelle a prévu d’installer, ce jeudi, une commission composée de deux membres de chaque syndicat et du président de la commission technique chargée de la révision du statut particulier. Le ministère a demandé aux syndicats de formuler à nouveau leurs propositions pour en débattre au sein de ladite commission. Entre temps, le gouvernement et la Fonction publique sont en train de réviser l’Ordonnance 06/03 du statut général de la Fonction publique, sachant que le statut particulier ne peut être promulgué avant la révision du statut générale de la Fonction publique de peur qu’ils ne soient contradictoires. n