Propos recueillis par Milina Kouaci
Reporters : Les épreuves du baccalauréat prennent fin aujourd’hui. Quelles sont vos appréciations par rapport à l’organisation et les conditions de déroulement de cet examen ?
Boualam Amoura :
En dépit de lacunes constatées dans certains centres d’examen, cette session s’est déroulée dans des conditions meilleures que les années passées dans le sens où aucun incident pouvant entacher la crédibilité de cet examen n’a été soulevé. Les élèves ont été ainsi examinés dans une atmosphère sereine et sans pression, ce qui leur a permis de se concentrer sur l’examen.
S’agissant des enseignants et des encadreurs, ils ont acquis une grande expérience dans l’organisation des examens officiels. Ce que nous regrettons, c’est que dans la région du Sud, qui connaît de fortes chaleurs, des centres d’examen ont manqué d’eau et d’équipements de climatisation. Une situation qui nous oblige à remédier à ces défaillances la prochaine année.

Cette situation dans le Sud relance le débat autour de l’aménagement d’un calendrier spécial bac pour les régions du Sud ?
Les syndicats du secteur avaient discuté durant l’année scolaire 2015/16 avec le ministère de la réorganisation du bac. En dépit des divergences, les formations syndicales sont arrivées à un consensus et la ministre de l’époque, Noria Bengherbit, avait déposé le dossier au Premier ministère, mais le Premier ministre Abdelmalek Sellal n’a pas ouvert le dossier, bien qu’il se soit exprimé en juillet 2015 en faveur de la réduction de la durée de l’examen du bac qui se déroule en cinq jours. Malheureusement, cinq ans après, rien n’a changé et on ne pourra dans ces conditions parvenir à une école publique de qualité. Il faut arrêter de plaider pour un bac national pour un pays continent d’une superficie de 23 81 741 km².

Nous avons toujours exigé la refonte de l’enseignement secondaire ainsi que la réorganisation du bac. Nous revendiquons la réorganisation de tous les examens nationaux. Ce n’est pas normal qu’un candidat au BEM passe 4 matières en une seule journée. Nous sommes pour une refonte radicale du système éducatif, La situation sanitaire a relégué le débat au second plan sur des chantiers déjà lancés par la tutelle, à l’image de la réforme du baccalauréat…
Effectivement. Nous avions pensé que nous allions tirer des leçons de cette pandémie, mais nous n’avons fait que perdre du temps, sans exploiter la période du confinement pour discuter de l’avenir des élèves et de l’Ecole algérienne sachant que le niveau est en dégringolade.

Le ministère de la Justice a annoncé que 22 personnes ont été poursuivies pour tricherie à l’examen du baccalauréat, dont 18 en mandat de dépôt. Le phénomène de la fraude resurgit en dépit des coupures d’internet et des dispositions introduites dans le code pénal criminalisant l’acte de fraude… Quel commentaire faites-vous ?
Nous sommes pour des sanctions sévères contre les personnes qui font fuiter les sujets d’examen, mais il est inconcevable et inacceptable de mettre un adolescent en prison parce qu’il a triché au bac. On propose simplement de radier et de bannir les candidats fraudeurs de ces examens. S’agissant des coupures d’internet, elles reviennent chaque année bien qu’en 2017, l’ex-ministre de l’Education Benghebrit avait promis d’installer des brouilleurs dans tous les centres d’examen, mais rien n’a été fait. On continue de priver les abonnés d’internet, au moment où on veut promouvoir l’économie numérique. Il faut trouver des solutions et arrêter de priver les abonnés.

Que pensez-vous des sujets du bac de cette session ?
On ne peut avoir des sujets faciles dans toutes les matières. De nos jours, les élèves à leur sortie des centres d’examen discutent de la facilité et de la difficulté d’un sujet parce que le niveau de l’Ecole algérienne a baissé. L’école n’apprend pas à l’élève à raisonner.

Le Satef est contre la médiocrité. Nous avons exprimé l’année passée notre rejet de la décision de revoir à la baisse les moyens d’accès à des niveaux supérieurs. Ce que nous revendiquons actuellement, c’est de réorganiser le bac et de réduire la durée de cet examen pour diminuer la pression sur les élèves. Il est insensé de soumettre un adolescent à un stress quotidien de 5 jours.
Qu’en est-il des revendications socioprofessionnelles ?
La tutelle doit réfléchir pendant ces trois mois de vacances à nos revendications socioprofessionnelles. Si rien n’est fait, les travailleurs vont inéluctablement aller vers des actions de protestations pour faire valoir leurs droits.