Entretien réalisé par Nordine Azzouz
Reporters : Janvier 2020-Avril 2021. Le GAAN a été créé depuis plus d’une année. Que s’est-il passé depuis ?
Bachir Tajeddine :
Le GAAN est fort aujourd’hui de ces 450 adhérents. Il dispose de deux casquettes ; la première est associative et fait de lui un foyer de propositions et de recommandations d’experts dans les domaines des TIC et du numérique, la seconde est entrepreneuriale et économique. Notre cœur de métier consiste à ramener du business à nos adhérents, dont le profil est varié. Nous avons la startup, l’entreprise établie comme celle qui n’est pas dans le secteur du numérique, mais qui est présente sur des projets et des chantiers en relation avec le numérique. Pour un évènement comme le salon «Algeria 2.0», où l’on a des étudiants et des jeunes qui côtoient les chefs d’entreprise et partagent avec eux leurs expériences, nous sommes à cheval sur deux vocations : associative, citoyenne et d’affaires bien que celle-là n’est pas la priorité. Avec une telle manifestation, nous gagnons surtout en visibilité et en respect.

En près de quatorze mois d’activité, qu’avez-vous apporté dans le débat sur les technologies du web et sur le numérique en Algérie ?
Nous avons changé le «mindset» de nos gouvernants par rapport au numérique. Nous avons montré le chemin parce que nous sommes une force de propositions. En tant que communauté d’experts, nous pensons que c’est à nous de trouver et proposer des solutions aux problèmes de notre secteur. Les décideurs politiques auxquels nos recommandations sont adressées suivent et je crois que nous sommes écoutés, car beaucoup de nos propositions ont été prises en compte.

Lesquelles ?
Je citerai l’exemple de la Banque d’Algérie d’assouplir la réglementation des changes pour les startups et les acteurs du numérique. Avant cet allègement, les sociétés établies et les free lancers algériens passaient par les banques étrangères pour leurs activités à l’export parce qu’ils ne disposaient pas de leurs comptes devises et étaient soumis à l’obligation de la domiciliation bancaire. Ce n’est plus le cas et c’est bénéfique aussi bien pour nos opérateurs que pour ceux de l’étranger qui vont pouvoir établir un business et travailler plus tranquillement en Algérie, recruter et créer de l’emploi. Avec cette ouverture, cela va nous permettre d’avoir une économie dans le numérique avec une connexion aux processeurs de paiement et d’exporter à partir d’une banque algérienne, ce qui était impossible à réaliser auparavant.

Quels sont les services qu’on peut exporter ?
On a l’activité des «call centers», un créneau au sein duquel nos voisins génèrent déjà de la ressource et de l’emploi.
Au Maroc, elle emploie quelque 100 000 jeunes et génère et représente un marché d’un milliard de dollars. La Tunisie est à 600 000 dollars avec une présence importante d’entreprises françaises. On a également les prestations de développement spécifiques sur des logiciels, des sites web et autres. Les appels d’offres proviennent des Etats-Unis et d’Europe et les soumissions se font via des plateformes auxquelles sont connectés des opérateurs algériens, sociétés établies ou free lancers. Certains gagnent entre 2000 et 3000 euros par mois, d’autres plus modestes réalisent des prestations pour du design ou des logos à 150 et 200 euros moyennant deux jours de travail. L’un dans l’autre, cela génère de la ressource non négligeable en devises. Mais qu’on se le dise, le numérique ne va pas remplacer le pétrole. Il va susciter l’esprit d’innovation, aider à créer de l’emploi et à générer de la devise et surtout à créer de nouveaux réflexes et de nouvelles pratiques de gestion. Ce sera un levier pour le nouveau modèle économique que nous voulons et auquel nous aspirons tous.

Quelles sont les actions prévues pour le reste de 2021 ?
Nous allons continuer nos actions habituelles et prévoyons d’organiser une nouvelle édition du forum «rakmana». Notre combat, c’est dématérialiser le service public et l’administration dans le sillage des actions déjà accomplies comme la carte biométrique, la signature et la certification électronique qui font force de loi…. Il est question de numériser le champ de l’entreprise et de l’économie pour gagner en temps, en transparence et en efficacité et pour monter dans le classement «Doing business». Nous occupons actuellement la 157e place, si nous réussissons notre processus de numérisation, nous gagnerons de précieux points en compétitivité et en attractivité.