M’hamed Houaoura nous relate dans cet entretien comment lui est venue l’idée de publier ces témoignages, glanés au cours de sa vie professionnelle et de ses pérégrinations journalistiques.

Reporters : Comment vous est venue l’idée d’écrire ce livre intitulé «la Plume et le Combat» ?
M’Hamed Houaoura : J’ai eu le privilège de rencontrer et de côtoyer des personnalités authentiquement patriotes, qui avaient travaillé dans le secteur de la communication et de l’information durant la guerre de libération nationale. Leurs témoignages étaient précieux à mon sens. J’estime que c’est un devoir de transmettre ces récits aux jeunes générations. L’idée a longtemps germé dans mon esprit. Je vous avoue que je ne pouvais m’avancer sans avoir l’autorisation du moudjahid Zahir Ihaddadène, qui est à la fois, historien, écrivain, journaliste, intellectuel de grande envergure. Je resterai toujours marqué et fasciné par ses qualités humaines, la richesse de sa culture, sa simplicité, sa disponibilité à servir ses compatriotes et son pays, l’Algérie. Il était humble. Il était exemplaire pour moi. J’ai eu la chance de recueillir son témoignage. « Qu’attendez-vous pour commencer à écrire, faites vite », me disait-il. C’est ce que j’ai fait.

Expliquez-nous le titre de votre livre « la Plume et le Combat », pour ceux qui ne l’ont pas encore lu ?
Après moult réflexions, je suis arrivé à donner un titre à ce livre. Au départ, j’avais songé à « Quand la plume rejoint le combat». J’avais effectué les démarches auprès de l’ONDA avec ce titre, avant de le préfacer. J’avais proposé à Ahcène Djaballah Belkacem mon livre, afin de le préfacer. C’est une personnalité connue dans le monde du journalisme en Algérie. Il avait accepté de signer la préface, tout en ajoutant des informations. Je ne m’attendais pas à cela. J’ai été surpris. Monsieur Djaballah m’avait soumis sa proposition, afin de changer le titre original pour devenir tout simplement, « la plume et le combat ». Les deux mots du titre sont très significatifs et explicites.

Quels sont les témoignages qui vous ont le plus marqué ?
Quatre témoignages, c’est très peu. Mais quand j’ai commencé à travailler, je n’ai pu récolter que ceux de Pierre Chaulet, Evelyne Lavalette, Zahir Ihaddadène et Lamine Bechichi. J’aurai souhaité avoir encore plus de témoignages. Ces combattants pour la libération de l’Algérie avaient écrit leurs livres. A ma manière, j’ai ajouté ce livre aux autres œuvres littéraires qui relatent le combat de ces acteurs et actrices. Je les appelle les chevaliers de la plume. Réda Malek était fatigué, M’hamed Yazid est parti, subitement, bien que nous nous étions entendus sur une rencontre sans définir la date, quand je l’avais rencontré au siège du journal El Watan. J’espère revenir à la charge pour rencontrer la moudjahida Baya Hachemi, qui avait rejoint Tunis et a travaillé avec les journalistes algériens avant 1962. Je compléterai ce livre, Inch Allah, par son témoignage. Un projet que je souhaite pouvoir concrétiser. Pour revenir à votre question, les témoignages qui m’avaient le plus marqué, sont surtout les souffrances de Zahir Ihaddadène et d’Evelyne Lavalette. Mais vous savez, quand vous décidez de vous sacrifier pour le pays, les souffrances n’ont aucun impact sur votre farouche volonté pour libérer votre patrie. Après un long voyage par train depuis la gare ferroviaire de Khemis-Miliana, Zahir Ihaddadène débarque à Oran pour la première fois, escorté par les policiers. Il subit, une fois de plus, un autre interrogatoire au commissariat. A l’issue de cette dure épreuve, les policiers le libèrent en pleine nuit. «Nous ne sommes plus les garants de votre vie», lui disent-ils. Les massacres des populations le hantent. Il craint d’être abattu dans une ville qu’il ne connaissait pas. Le jour commence à se lever. Il se dirige vers le port et s’engouffre discrètement dans un navire…
En prison à El-Harrach, Evelyne Lavalette très affaiblie, m’a confié qu’elle avait été envoyée à la prison de Chlef où elle était incarcérée au milieu des prostituées. Elle tombe malade. Les responsables de la prison la transfère vers l’hôpital Mustapha (Alger). Elle craignait son assassinat par les éléments de la main rouge… Autant d’histoires touchantes à connaître pour mieux comprendre leurs sacrifices.

Le mot de la fin pour conclure cet entretien ?
Je remercie toutes les personnes qui m’ont soutenu pour l’écriture de mon second livre après celui dédié à Yamina Ouedei, la moudjahida oubliée et négligée par les tenants de l’histoire officielle. J’espère qu’il sera utile. Mais je ne termine pas sans rendre un hommage à tous les journalistes martyrs et les autres qui avaient entretenu la flamme de l’information véritable, qui sert l’intérêt de notre pays. A ma manière, je voulais insister sur le rôle du journaliste et de l’homme des médias dans tous les combats de l’Algérie, d’abord pour l’indépendance, la démocratie et ensuite contre le sous-développement.

M’Hamed Houaoura est né le 3 novembre 1954 à Cherchell (Tipasa). Diplômé de l’Institut de commerce de Ben Aknoun, il a occupé plusieurs postes de responsabilités dans des entreprises publiques. Depuis 1990, il se consacre au journalisme et à l’information de proximité comme correspondant du quotidien El Watan dans la wilaya de Tipasa. En 2016, il publie son premier livre « Yamina Oudei, l’héroïne oubliée » aux éditions Anep, traduit en arabe en 2018.