Reporters : Mark Esper a entamé mercredi une tournée en Afrique depuis Tunis. Quelle lecture peut-on faire de cette visite ?
Akram Khrief : La visite du Secrétaire d’Etat américain à la Défense, Mark Esper, en Algérie et dans la région, a été prévue et programmée depuis longtemps. Il s’agit d’une visite de routine. Donc, la raison de cette tournée portera principalement sur la question libyenne, du Sahel, mais aussi d’autres questions internationales liées à la coalition en Syrie et en Afghanistan. Vu l’agenda de Mark Esper, nous pouvons dire qu’il s’agit également de tentatives de pressions américaines sur l’Algérie pour la normalisation des relations avec Israël, surtout après la signature des Emirats arabes unis et de Bahrein des accords de normalisations des relations avec Israël.

Le chef du Pentagone arrive quelques semaines après la visite du chef d’Africom. Quelle lecture peut-on faire de la proximité de ces deux visites, sont-elles liées ?
En réalité, nous pouvons dire qu’elles sont liées et non. Le patron d’Africom est venu en Algérie précisément pour discuter du problème libyen. Il cherchait le soutien de l’Algérie à la position américaine en Libye et au Mali par rapport aux Russes. Africom a un ton très indépendant quant à la question libyenne, si nous la comparons avec les positions du Pentagone, du département d’Etat américain et de la Maison-Blanche. Africom a pris position pour le président du Conseil présidentiel du Gouvernement d’union nationale (GNA) libyen Fayez al-Sarraj, qui a récemment annoncé être prêt à quitter ses fonctions fin octobre, ce qui n’est pas le cas du Pentagone, au moins de manière officielle.

Quel est l’état de la relation Algérie-Etats-Unis dans les domaines de la défense et de la sécurité aujourd’hui ?
La relation entre les deux pays à ce propos est limitée. Les Américains passent à côté d’une opportunité d’achat d’armes qui est très importante. Sachant que l’Algérie est le neuvième importateur d’armes au niveau mondial. Donc, peu de contrats sont signés par les deux pays. Cela est dû aux problématiques bureaucratiques ainsi qu’aux procédures imposées par les Etats-Unis et que l’Algérie juge complexes.

Vers quoi cette relation peut-elle évoluer et pourquoi ?
Il est attendu que les Américains rappellent au pouvoir algérien la lourde facture d’armes signée avec la Russie. Je vous fais savoir que cela pourrait exposer notre pays à des sanctions, notamment la loi Casta. Les Américains évoqueront sûrement cet aspect. En contrepartie, je crois qu’il y aura d’autres propositions de contrats pour achat d’armement.

Une dernière question. Mark Esper fait partie d’une administration qui peut quitter le pouvoir en novembre prochain à l’issue de la présidentielle aux Etats-Unis. Cela a-t-il un impact sur la relation de défense et de sécurité entre l’Algérie et les Etats-Unis ?
Je ne pense pas que la relation entre les deux pays dépendra de qui va habiter la Maison-Blanche en novembre prochain. La relation entre les deux administrations fonctionnera de la même façon. Même si Trump est parti, une grande partie de son entourage restera…