Reporters : Le ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales, Noureddine Bedoui,  a procédé hier au lancement officiel du  permis de conduire biométrique à points. Quel changement ce nouveau document va-t-il apporter ?

Ahmed Naït El Hocine : Le changement est d’abord technologique. On passe de l’ancien permis de conduire en papier à un nouveau, doté d’une puce électronique permettant sa traçabilité. Le changement est de sécurité également. Le permis à points permet certainement une meilleure régulation du fichier national des automobilistes ainsi qu’une lutte plus efficace contre les accidents de la route, qui ont atteint un seuil alarmant durant ces dernières années.
Comme son nom l’indique, le permis à points récompensera les bons usagers de la route et sanctionnera ceux qui ne respectent pas le code de bonne conduite. À travers un fichier national informatisé et généré par les services du ministère de l’Intérieur, le nouveau système recensera toutes les infractions et permettra aux autorités d’intervenir contre leurs auteurs. Dans ce système, le permis de conduire est doté d’un capital de 24 points qui sera réduit à chaque infraction commise par son titulaire. Le contrevenant sera également soumis à une amende forfaitaire et à des sanctions pénales selon les cas.
Quant à  la période probatoire de deux ans, le permis de conduire est doté d’un capital de 12 points, sachant que pour les deux cas, le retranchement de points se fera en fonction de la gravité de l’infraction commise toujours par le titulaire du permis. On le constate, donc, le changement est considérable et va influer considérablement sur les comportements.

Justement, on a tendance à présenter le permis à points sous le seul aspect de la sanction et de la répression. N’est-ce pas réducteur ?
C’est certainement réducteur. Le permis à points n’a pas uniquement une vocation répressive. Son principal atout est qu’il est dissuasif et revêt ainsi un aspect pédagogique et éducatif pour les usagers de la route. Outre cet aspect, les titulaires du permis de conduire à points, en cas d’infraction, sont en mesure de suivre un stage de sensibilisation pour récupérer leur permis. Une fois le système à points adopté, il n’y aura plus de retraits de permis, sauf dans les cas de grands délits routiers, car c’est à l’issue de l’épuisement total des points que le permis sera retiré. Après le retrait de tous les points, le permis de conduire devient invalide et son titulaire est tenu de le remettre aux services habilités du ministère de l’Intérieur. Dans ce cas, l’intéressé ne peut postuler à l’obtention d’un nouveau permis de conduire, qui sera soumis à la période probatoire, qu’après six mois de la date de remise de son permis aux services.

Le permis à points va-t-il donc permettre de réduire le fort taux d’accidentologie que vous déploriez précédemment ?
J’estime que oui, même s’il n’est qu’un instrument parmi d’autres dans la lutte contre les comportements dangereux sur la route et sur la voie publique. Cet instrument s’intègre dans une stratégie globale et permet d’intervenir pour sanctionner le titulaire du permis de conduire.
Le résultat, d’ailleurs, sera calculé par un système automatisé via l’implication et l’introduction des technologies de l’information et de la communication et ce, pour éviter toute intervention dans le retranchement de points.