propos recueillis par Nordine Azzouz
Reporters : Combien de temps avez-vous pris pour écrire votre roman ?
Ahmed Brahimi :
De la conception de l’idée du roman au bouclage du dernier chapitre, l’écriture s’est étalée sur un peu plus de six mois. Des jours, et selon l’inspiration, j’étais capable d’écrire plusieurs pages d’un trait. Mais il m’est aussi arrivé de ne rien écrire durant une semaine. Aussi, je suis quelqu’un qui rature beaucoup sur papier et qui utilise beaucoup la touche efface sur l’ordinateur ! Dans la vraie vie je ne suis pas très bavard, et dans mon roman j’ai essayé de raconter l’essentiel.

Votre texte original a-t-il subi des changements une fois passé chez l’éditeur?
Pas de changements majeurs. Mon éditrice par exemple, m’avait pertinemment conseillé de développer un peu plus un des chapitres du roman. La relation entre Nabil et son ex-épouse n’était au départ pas très clair pour les lecteurs. Mon éditrice n’a jamais émis le moindre doute quant au potentiel de mon roman pour intéresser les lecteurs. Aussi, elle m’a toujours fait confiance pour ajouter à mon récit ce qui me semblait adéquat.
Quelle relation avez-vous eue avec votre éditeur avant, pendant et après la publication de «Meurs, tu vivras plus heureux» ?
Je parlais justement de confiance ! J’ai toujours été conscient du risque que prend une maison d’édition en publiant un auteur inconnu. Je salue Casbah Editions pour leur professionnalisme et leur audace ! Lorsqu’ils m’avaient annoncé que mon manuscrit a été accepté, personne à Casbah Editions ne m’avait encore vu, ni savait à quoi je ressemblais ! On ne communiquait alors que par messagerie ! Mon roman a été accepté pour son contenu et rien d’autre ! Lorsque la pandémie a frappé le monde et notre pays, j’ai eu un doute quant à la publication de mon roman ! Mais tout s’était très bien passé.

Quelle impression générale ou précise avez-vous de la réaction des lecteurs vis-à-vis de votre roman ?
Au départ, c’est souvent le titre qui choque et attire ! Les lecteurs ont envie de savoir ce qui se cache derrière ce «Meurs, tu vivras plus heureux !» Ensuite, c’est le personnage de Salah qu’une bonne partie de mes lecteurs aiment ! Ce Zorba algérien, courageux face à l’adversité, qui n’est jamais fatigué de se relever, qui croque la vie à pleines dents, et qui aime en plus la musique et la fantasia ! Comment ne pas lui pardonner ses erreurs ! Beaucoup d’autres s’identifient à Nabil, ce cadre ambitieux et pragmatique. Son amitié avec Salah les passionnent, et sa décision de quitter à jamais l’univers des usines et des bureaux vers celui de la terre et du safran, les tentent.

Où êtes-vous aller chercher le personnage de Salah ?
Il m’a été en partie inspiré par le personnage de Zorba le Grec, homme courageux en dépit des coups que lui assène la vie, et qui suit son intuition dans l’histoire célèbre de Nikos Kazantzakis. Mon autre source d’inspiration est le quartier populaire dans lequel j’ai grandi à Oran. Les gens, surtout les hommes, chassés par l’étroitesse de leurs taudis, vivaient quasiment dehors. On pouvait les entendre penser. Des zorbas à l’algérienne, fous, intrépides, bons parleurs et drôles en dépit de leur pauvreté, y foisonnaient. Beaucoup d’entre eux, même s’ils étaient un tantinet malhonnêtes, me touchaient avec leurs histoires. Il y avait par exemple ce Saïd, caïd le jour, qui n’hésitait pas à détrousser de leur bien ces passants qui n’habitaient pas le quartier. Mais la nuit, il chialait souvent comme un enfant, l’écho de sa grosse voix rauque parcourant les rues. Il appelait sa mère qui était sous terre, en disant qu’il regrettait ce qu’il avait fait le jour. Aussi, le marché était à quelques mètres de la maison et les formules qu’utilisaient les vendeurs étaient à la fois comiques et ingénieuses.

Etes-vous sur un nouveau projet d’écriture ?
Oui, un thème assez ambitieux qui m’empêche ces jours-ci de dormir tranquillement mes huit heures ! Taher, un vieil homme buté, à la langue aussi aiguisée qu’une lame de couteau, essaye de réparer ses erreurs et d’honorer la promesse faite à Meriem avant de quitter ce monde. Va-t-il y arriver ? Le roman nous raconte tantôt le présent et tantôt nous transporte vers différentes étapes de la vie de Taher : son enfance avec sa douce mère, ses missions en compagnie de son père, intrépide moussabel, sa grand-mère au langage épicé et son amour pour Meriem !