Reporters : Lorsqu’on lit les chiffres de l’ARPCE sur l’évolution du marché de l’internet mobile au 3e trimestre 2020, on risque de déduire que la quasi majorité des Algériens, tous âges confondus, y sont abonnés. En effet, avec plus de 38 millions d’abonnés pour ce réseau, on n’est pas loin du nombre de la population globale du pays. Qu’en est-il au juste ?
Ahcène Gourari : Les chiffres de l’ARPCE concernent, en fait, le nombre d’abonnements enregistrés pour cette période et qu’il faudra diviser par 2, 3 et même plus, chez une bonne partie des abonnés. Autrement dit, on peut comptabiliser plusieurs abonnements pour un seul abonné qui achète le nombre de puces internet 3G et 4G qu’il veut. Cela dit, l’évolution du marché est encourageante, elle témoigne de l’usage de plus en plus fréquent chez les Algériens, quel que soit l’usage qu’ils en font.
Evolution encourageante, mais un débit qui ne suit pas…
Effectivement, il ne suit pas. Indépendamment des pannes fréquentes, le débit internet, mobile et fixe, reste l’un des plus mauvais dans le monde. Nous sommes classés parmi les tout derniers du classement, avec les conséquences que tout le monde connaît.
Ce qui n’empêche pas les pouvoirs publics d’évoquer de plus en plus de projets de digitalisation et de numérisation socio-économiques. Nous pouvons citer, entre autres, le cas du paiement par carte CIB qui sera prochainement obligatoire pour l’ensemble des commerçants. Ces projets ont-ils des chances de réussir ?
Non, si les choses continuent à évoluer de la sorte pour le débit internet. Il faut savoir que le gros du débit est consommé par le streaming, ce qui le rend insuffisant. C’est pourquoi, dans l’état actuel des choses, il serait souhaitable de l’augmenter de sorte à ce qu’il puisse répondre aux objectifs socio-économiques du pays.
A ce stade n’est-il
pas prétentieux de parler de G5 ?
Non, ce n’est pas prétentieux s’il s’agit d’en parler pour les nouveaux investissements. Mais pour ce qui existe, la 4G ou la 3G+ suffisent amplement. Il faudrait simplement les faire fonctionner à leurs réelles capacités, c’est-à-dire à leur débit réel. En fait, ce n’est pas d’une nouvelle technologie comme la 5G qu’on a besoin, mais de bandes 4G et 3G exploitées à leurs justes capacités.
Nous avons besoin aussi de contenus locaux, non ?
Oui, absolument. Mais pour ce faire, il faudra un maximum de Data Centers locaux fiables et sécurisés qui permettent à ces contenus de fonctionner. Nous avons besoin d’un faceboock local ou d’un gmail local. Mais bien plus que ça, nous avons besoin de providers qui garantissent la sécurité à des contenus stratégiques qu’on ne peut pas héberger chez des opérateurs étrangers. <