Entretien réalisé par Leila ZAIMI
Reporters : Said Chetouane, 15 ans, déclare avoir subi une tentative d’agression physique au commissariat Cavaignac à Alger-Centre. Quelles informations avez-vous au juste en ce qui concerne les déclarations et les accusations de cet adolescent ?
Abederrezak Adel : Nous avons vu comme tout le monde les vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux, nous avons réagi de suite, émotionnellement. Et nous sommes très inquiets. Quand on regarde sincèrement la vidéo, on se rend compte que ce mineur est sous le choc et ne donne pas d’indications claires sur ce qui lui est arrivé au commissariat. Mais, sa garde à vue en l’absence de ses parents ou d’un avocat est une violation de la loi, car toute une procédure doit être appliquée lors de l’arrestation d’un mineur. Un mineur doit toujours être accompagné à l’intérieur d’un commissariat. Donc, l’arrestation en elle-même est un piétinement de la loi et de la réglementation. Deuxièmement, qu’il ait agression sexuelle ou pas, l’adolescent de 15 ans a subi une agression psychologique et morale très forte. Le comité contre la Torture et les conditions carcérales inhumaines, créé récemment, dénonce fortement le comportement de la police comme organe institutionnel de l’Etat algérien.

Selon des déclarations, la victime s’est rendue à l’hôpital Mohamed Lamine Debaghine, ex-Maillot. Au service de médecine légale, on a refusé de l’examiner et de lui délivrer un certificat médical sans autorisation de la police. Est-ce légal ?
Même si la procédure exige en effet une autorisation délivrée de la police, je dirai que cette autorisation est scandaleuse. Une personne mineure ou majeure qui vient consulter dans un service de santé publique pour attouchement, agression physique ou morale, torture ou autres, le médecin légiste est dans l’obligation morale, selon le serment d’Hippocrate, de répondre à la demande des concernés. Ma dénonciation concerne également le service de santé publique de cet établissement qui n’a pas accueilli et délivré un certificat médical, point de départ pour l’ouverture d’une enquête.

Comment le comité anti-torture envisage-t-il de réagir ? Quelles actions compte-t-il entreprendre ?
Après la circulation des vidéos avant-hier soir, nous, militants, étions en contact presque toute la nuit, ainsi qu’avec l’entourage de la victime. On a compris que l’adolescent était sous le choc émotionnel et psychologique. Pour le moment, nous avons choisi d’être prudents, le temps d’en savoir plus sur ce qui s’est passé réellement. Nous n’avons pas encore fait de déclaration officielle, mais nous envisageons d’organiser une conférence de presse.