Entretien réalisé par Sihem Bounabi
Reporters : L’Union nationale des personnels de l’éducation et de la formation (Unpef) a annoncé rejoindre le mouvement de contestation d’autres syndicats de l’Education. Quelles sont vos revendications ?
Abdelouaheb Lamri Zeggar : Nous avons décidé de rejoindre le mouvement de protestations aux côtés des autres syndicats autonomes de l’Education, réunis sous l’égide de la Confédération des syndicats autonomes (CSA). D’ici jeudi, les dates exactes du mouvement de grève seront annoncées, afin de faire aboutir nos revendications qui concernent, essentiellement, le statut particulier, le régime indemnitaire, le pouvoir d’achat, la retraite sans conditions et les libertés syndicales. Concernant le statut particulier de l’enseignant, nous réclamons qu’il y ait des aspects spécifiques qui le distinguent des autres professions afin de valoriser le statut social de l’enseignant, en reconnaissance de l’apport de ce métier dans la construction des futures générations. Le métier d’enseignant est un métier qui mérite d’être valorisé dans notre société car l’enseignant est celui qui transmet le savoir, mais, également, les valeurs de citoyenneté. Par conséquent, nous réclamons un statut particulier qui prenne en compte ces particularités. Concernant les caisses sociales et le régime indemnitaire, il faut impérativement revoir les lois qui sont obsolètes aujourd’hui et qui ne prennent pas en compte la réalité. Ce n’est pas normal qu’un enseignant soit remboursé 120 DA pour une consultation médicale qui coûte au minimum 1 500 DA. Il faut absolument revoir cela. Concernant la retraite, nous réclamons que les professionnels de l’Education puissent avoir accès à la retraite anticipée mais sans conditions d’âge. Par exemple, un enseignant qui a 20 ans ou 25 ans de travail peut prendre sa retraite même s’il est âgé de 50 ans. Et de même pour un enseignant qui a travaillé 32 ans, vu que dans l’enseignement le point est 2,5, donc il a déjà 80% de pension de retraite. Nous réclamons qu’il puisse prendre sa retraite, s’il le désire, sans lui imposer une condition d’âge.

Le ministre de l’Education a lancé une invitation aux responsables des syndicats dans le cadre de la poursuite du dialogue, allez-vous répondre favorablement à cette invitation et quelles seraient vos conditions ?
Selon l’invitation du ministre de l’Education nationale, cela concerne apparemment le statut particulier. Certes nous allons répondre favorablement à cette invitation, mais nous n’allons pas valider le fait de participer aux commissions mixtes. Car nous avons déjà participé avec la précédente ministre à plus de 53 séances de travail en commission mixte et rien de concret n’a abouti.
Certes nous acceptons l’invitation du ministre pour laisser la porte ouverte au dialogue, mais s’il nous parle de commission mixte, c’est un refus catégorique et nos propositions seront envoyées par écrit. Nous réclamons des actions concrètes et de sortir de cette politique archaïque des commissions mixtes sans résultats concrets.

De ce fait, quelles sont vos revendications prioritaires que vous allez proposer au ministre ?
L’urgence, aujourd’hui, c’est d’augmenter l’ISS de 15 à 60%, le syndicat réclame l’application de cette augmentation et que cela ne reste pas une déclaration pour la consommation médiatique. On demande également l’augmentation de la prime de soutien aux enseignants rapidement.
Il s’agit également d’appliquer les instructions du président de la République concernant l’augmentation du point indiciaire et que cette augmentation soit conséquente afin qu’elle impacte réellement sur les salaires pour sauver le pouvoir d’achat de l’enseignant.
La priorité, c’est également l’application rapide du décret présidentiel 266/14 concernant la grille des salaires et dont a bénéficié la majorité des secteurs de la Fonction publique sauf celui de l’Education. Si le ministère veut instaurer un véritable dialogue avec les partenaires sociaux, on demande qu’il réponde au moins favorablement aux revendications qui font partie des prérogatives de la tutelle.
Je tiens à ajouter que l’on est censé être dans l’Algérie nouvelle, censée privilégier le dialogue social à travers notamment une valorisation du statut de l’enseignant, malheureusement, on se rend compte que les gouvernements de cette Algérie nouvelle continuent à avoir les mêmes politiques et regards sur la place de l’enseignant dans notre société. L’Algérie nouvelle ne doit pas se résumer à des slogans et des discours sans lendemain, elle doit se refléter sur le terrain par des actions fortes et concrètes qui redonnent une véritable considération et de la valorisation à la noble place de l’enseignant dans la société.