Propos recueillis par MILINA KOUACI
Reporters : Le décret 22-138 prévoyant une augmentation de 50 points indiciaires ne semble pas satisfaire les syndicats autonomes. Pourquoi ?
Abdelouahab Lamri Zegar :
Absolument, les travailleurs sont complètement déçus par les augmentations salariales annoncées et qui sont insignifiantes eu égard l’explosion des prix des produits de large consommation et de la diminution du pouvoir d’achat de 50%, selon les données de l’Office national des statistiques (ONS). Le Président de la République avait ordonné de réviser le point indiciaire de façon à améliorer le pouvoir d’achat, mais les augmentations décidées ne contribuent nullement à l’amélioration du pouvoir d’achat. Le Président a évoqué des augmentations considérables, mais par la suite, on s’est heurté à une infime augmentation qui ne rééquilibre pas le pouvoir d’achat.
Les travailleurs se demandent sur quelle base le gouvernement a décidé l’augmentation de 50 points l’indice minimum. Il prend des décisions unilatérales sans associer les syndicats autonomes et les travailleurs concernés par la nouvelle grille indiciaire. Le gouvernement doit nous associer au débat et à la concertation pour éviter les agitations syndicales.

La CSA a décidé de renouer avec la contestation…
Tous les syndicats ont exprimé leur désarroi et leur consternation, y compris ceux qui ne sont pas dans la CSA. La CSA a décidé d’élargir les consultations à l’ensemble des syndicats de la Fonction publique dans l’objectif d’organiser une action commune et massive.

Quelle est la position de ces syndicats ?
L’amélioration du pouvoir d’achat est une revendication commune à tous les syndicats de la Fonction publique, que nous appelons à l’unité et les exhortons à se mettre d’accord pour des actions communes afin d’arracher nos droits. Il est dans l’intérêt de tous les travailleurs de s’unir et d’organiser des actions communes. Ce qui est sûr est que nous irons inéluctablement vers des actions.

Que revendique concrètement la CSA ?
Nous demandons de réviser le régime indemnitaire des fonctionnaires, d’augmenter la valeur du point indiciaire qui stagne à 45 DA depuis 2007. On appelle le Président à intervenir pour revoir ces petites augmentations salariales qui ne sont pas à la hauteur des attentes des travailleurs frappés de plein fouet par la cherté de la vie.

La création d’un observatoire national du pouvoir d’achat et de l’indice de cherté de la vie est une revendication soulevée par les syndicats autonomes…
Absolument. La situation aurait été moins alarmiste et moins grave si le pays disposait d’un observatoire du pouvoir d’achat. Cet observatoire aurait entre autres pour mission d’alerter les autorités compétentes lorsqu’il constate que le pouvoir d’achat est en baisse avant que la situation ne s’aggrave davantage. La situation est intenable pour les travailleurs. Si l’ONS évoque une baisse du pouvoir d’achat de 50%, des experts indépendants l’évaluent à 80 %. On aurait aimé que le gouvernement reconnaisse l’existence de la baisse du pouvoir d’achat et établisse un échéancier pour le rééquilibrer.

Le président de la République a ordonné de préparer un projet de loi lié à l’action syndicale. Qu’en pensez-vous ?
Les syndicats autonomes ont toujours revendiqué la protection du délégué syndical, le renforcement des droits et acquis des travailleurs et de permettre aux organisations syndicales de constituer des fédérations, unions et confédérations. Nous demandons également de réviser à la baisse le seuil de représentativité syndicale à 7% ou moins comme cela se fait ailleurs dans le monde. n