Propos recueillis par Milina Kouaci
Reporters : plus de 700 000 candidats passent le Bac aujourd’hui. Quelle première impression avez-vous du déroulement de cet important examen ?
Abdelouahab Lamri Zegar :
Au plan sanitaire, le ministère de l’Education nationale a pris toutes les dispositions nécessaires pour le bon déroulement des examens nationaux. Ceux de fin de cycle primaire et moyen se sont déroulés dans de bonnes conditions, sans enregistrer d’incidents déplorables. Le protocole a été respecté et, sur le plan de l’intégrité des épreuves, aucun sujet d’examen n’a fuité, ce qui garantit la crédibilité de ces examens.
Ce que nous regrettons au sein de notre syndicat, c’est que la tutelle opte pour la solution de facilité pour sécuriser l’examen du Bac en «coupant» le réseau internet durant la première heure de chaque épreuve pour prévenir tout risque de fraude. Cette mesure pénalise les usagers, aussi bien les particuliers que les entreprises, dont l’activité dépend de plus en plus du télétravail, en particulier depuis la crise sanitaire. Nous espérons que les décideurs trouveront d’autres moyens pour sécuriser les examens sans pénaliser les autres activités.

Des syndicats enseignants se sont réunis hier pour évaluer leurs actions de protestation et celles à entreprendre. Quelles sont les revendications urgentes à satisfaire aujourd’hui ?
Nos revendications sont connues. Elles tournent autour de l’amélioration du pouvoir d’achat qui est en chute libre et porteur de risques d’ explosion sociale et d’impact négatif sur la scolarité des élèves de l’Education nationale. Certes, les portes du dialogue avec les syndicats du secteur sont ouvertes à l’initiative du Président de la République sur le statut particulier des travailleurs. Toutefois, l’approche de la tutelle visant à réduire toutes les préoccupations et problèmes des travailleurs du secteur au seul statut particulier ne réglera pas tous les problèmes du secteur.
En attendant de réviser le statut particulier, nous demandons la révision du taux actuel d’indemnité du soutien scolaire et de remédiation pédagogique (ISSRP), qui est de 15% ,à un niveau plus acceptable pour l’enseignant, dont les soucis financiers ne cessent de se multiplier avec la dégradation de la valeur du dinar et du pouvoir d’achat.

Quid de la question pédagogique ?
Sur le plan pédagogique, nous réclamons la révision des programmes et méthodes d’enseignement, l’amélioration des conditions de travail et de scolarisation, la réduction des volumes horaires et la dispense des enseignants du primaire des activités extra pédagogiques. La surcharge du programme d’enseignement empêche les élèves d’assimiler ce que leur est dispensé en classe.

Que pensez-vous du recours des parents aux cours payants ?
C’est le ministère de l’Education qui est responsable de la qualité de l’enseignement. Il faut revoir en urgence le système éducatif et les programmes d’enseignement. Le bourrage de crâne ne sert pas les élèves qui assimilent peu les cours dispensés. Le programme d’enseignement actuel ne convient pas avec les capacités cognitives de l’élève, ce qui le contraint à s’inscrire à des cours particuliers pour mieux comprendre. La tutelle doit également réfléchir avec le gouvernement à réduire le nombre d’élèves par classe et en fixer un plafond.
Le système éducatif est défaillant, il faut remédier pour le bien de l’Ecole algérienne et de ses enfants. Nous avons depuis toujours exigé la mise en place d’un haut-conseil de l’Education dans la Constitution algérienne pour remédier aux dysfonctionnements qui entravent le développement du système éducatif, mais notre revendication n’a pas trouvé d’oreille attentive.

Qu’en est-il de la formation des enseignants ?
Les autorités compétentes doivent accorder un intérêt particulier au mécanisme de la formation des enseignants en vue d’améliorer les pratiques pédagogiques et le rendement des formateurs. La formation pédagogique est importante pour une meilleure performance des instituteurs. Il faut recruter dans les écoles supérieures pour former les futurs enseignants pour une école de qualité.