Reporters : Le Syndicat national des architectes algériens (Synaa) réunit aujourd’hui son Conseil national en session ordinaire pour dénoncer, dit-il, la marginalisation des architectes de la commande publique. Qu’en pensez-vous ?

Abdelhamid Boudaoud : Je dirai seulement que leurs doléances sont tout à fait légitimes et constituent également le cheval de bataille du Collège national des experts architectes (Cnea) depuis plusieurs années. Ce dernier n’a cessé de dénoncer le fait que l’architecte est isolé et exclu des projets de construction programmés par le Gouvernement. Mais, je dirai aussi que les doléances du Synaa sont venues un peu tard. Je me pose la question, pourquoi le syndicat a attendu tout ce temps pour réagir à cette situation qui date de plusieurs années ?

Le syndicat dénonce surtout l’attribution à des entreprises de réalisation des prestations d’études d’architecture au mépris du décret 94-07, alors qu’elles n’ont pas vocation à les assumer, délestant l’architecte de ses propres missions dont celle du contrôle sur l’entreprise.Quel commentaire faites-vous dans ce sens ?

Le syndicat parle d’un décret qui date de 24 ans, pourquoi attendre tout ce temps pour demander la révision de ce décret. A mon avis, quand on crée une association ou un syndicat, il faut se souder et parler de la même voix pour constituer une force qui aura son poids et son mot à dire. Or, pour la corporation des architectes, c’est malheureusement le contraire. Les architectes sont éparpillés, ce qui fait la faiblesse de la corporation. Depuis longtemps, le Cnea organise des séminaires, des journées d’études et, chaque fois, nous lançons des appels et des invitations à tout le monde afin de prendre part et de discuter des problèmes des architectes, mais à chaque fois, aucun d’entre eux ne répond à cet appel. Nous nous retrouvons souvent seuls, c’est-à-dire les adhérents du Cnea, à débattre de ces problèmes. Comme le dit le proverbe arabe «une seule main ne peut applaudir».    

Le Synaa demande aussi que les cahiers des charges soient fondamentalement révisés et fassent l’objet de concertation la plus large possible pour que ne soit considéré que l’objectif de la qualité architecturale. Etes-vous de cet avis ?
Oui, je ne dirai pas le contraire. Les cahiers des charges doivent être conçus en concertation avec tous les partenaires y compris les architectes. Il faut donc une équipe pluridisciplinaire. Mais, toujours est-il qu’il y a d’autres problèmes plus sérieux qu’il faut soulever, c’est le rôle du maître d’ouvrage qui n’est toujours pas apprécié.

Que prévoit le Cnea dans les prochains jours ?
Justement, vous me donnez l’occasion de parler d’une importante rencontre que va organiser le Collège, le 10 mai prochain, au Bastion 23 à Alger. Dans le cadre de la déclaration du ministre de la Justice sur la modernisation de la justice et à l’occasion du 25e anniversaire du palais du Raïs, le  Cnea organise une journée ayant pour thème «Urbanisme, architecture :   les lieux de privation de liberté, le rôle de l’architecte dans l’architecture carcérale». Cette rencontre sera rehaussée par la présence d’un panel d’experts en la matière, les ministères de la Justice, de l’Habitat (architectes), des avocats, des sociologues, des psychologues, des géomètres, des ingénieurs, des notaires, des juristes, des économistes, la Protection civile, les familles et la presse.