Reporters : L’ambassade des Etats-Unis en Israël s’installe aujourd’hui à Jérusalem (Al Qods). Quel commentaire faites-vous ?

Abdelaziz Rahabi : Cet acte ne va pas contribuer positivement au processus de paix dans la région. Si c’était le cas, l’ancien président américain Jimmy Carter, qui avait négocié les accords de Camp David, l’aurait fait, il y a quarante ans. Le déplacement de l’ambassade des Etats-Unis de Tel-Aviv à la ville sainte n’a jamais figuré dans l’évaluation des gouvernements américains durant toute cette période. Par rapport à cette réalité, le président Trump fait réellement exception. Sa décision va à l’encontre de l’évaluation américaine du conflit-israélo-palestinien. Le règlement de la question de Jérusalem devait toujours être conçu et acté comme un couronnement de tout processus de paix dans la région. L’actuel chef de la Maison-Blanche vient de dévier de l’approche traditionnelle de Washington.

Y a-t-il, chez les Arabes, une possibilité de réaction à cette décision ?
Le Monde arabe est complètement dispersé. Par rapport à ce constat, je ne prévois pas une position unifiée ni dans le Monde arabe ni dans le Monde musulman par ailleurs. Il ne faut pas oublier que la Ligue arabe, censée être un cadre de concertation et d’action, est aujourd’hui sous l’emprise d’un groupe de pays bien déterminés pour ne pas citer leurs noms. Il n’y a plus d’équilibre au niveau de cette organisation et la cause palestinienne n’y figure plus comme question centrale.

Qu’en est-il des Palestiniens eux-mêmes ?
Pour les Palestiniens, il ne faut pas leur demander des choses qui sont au-dessus de leur capacité. La force de réaction et d’action qu’ils peuvent avoir en l’état actuel des choses est qu’elle est toujours en proportion avec celle du monde arabo-musulman, à être unifiée et solidaire. Ce n’est pas le cas alors que la question de Jérusalem, ville trois fois sainte, concerne tous ces pays et d’autres.

La nouvelle donne imposée par l’Administration Trump va-t-elle inciter les factions palestiniennes au rapprochement ?
Oui, sûrement, mais je ne pense pas que le problème puisse être sur ce plan. Comme je l’ai déjà dit, le vrai problème figure dans la dispersion du Monde arabe qui se répercute aussi sur la relation entre ces factions.
Recueillis par AZIZ.LATRECHE