Reporters : La question de l’exploitation du gaz de schiste fait de nouveau la polémique. Quelle lecture faites-vous ?
Abdelatif Kerzabi :
L’exploitation du gaz de schiste va avec l’exploitation des hydrocarbures (gaz et pétrole). Commençons par dire que l’exploitation de gaz de schiste ne va pas régler le problème de l’économie algérienne. Notre problème est le suivant : nous avons trop forcé sur le pétrole. Et toute notre économie est agencée en fonction de la rente pétrolière. Si nous optons pour le gaz de schiste, cela veut dire que nous allons augmenter nos ressources financières. Cependant, il faut savoir que l’exploitation du gaz de schiste ne change pas ce que nous avons comme problème, c’est-à-dire, la dépendance aux recettes pétrolières. Autrement dit, l’utilisation de gaz de schiste ne fait que remplacer le pétrole. Il faut noter que l’exploitation des gisements de gaz de schiste aux Etats-Unis coûtent moins chers. De plus, ces gisements ne sont pas situés dans les zones urbaines. Nous, en Algérie, nous n’avons pas cette possibilité. Si on décide d’exploiter le gaz de schiste, ce sera au détriment des réserves d’eaux que nous pourrons utiliser plus tard.
De mon, point de vue, il faut aller chercher d’autres sources financières hors exploitation de gaz de schiste. Par ailleurs, il ne fait point de doute que nous avons besoin d’un discours clair sur cette question et d’autres bien entendu. S’il y a volonté de régler nos problèmes financiers, il faut agir en dehors de l’exploitation de gaz de schiste. Je m’explique. Il faut rendre l’argent volé et l’Etat doit poursuivre ceux qui échappent aux impôts.

Voulez-vous dire que le recours au gaz de schiste ne sera pas d’une grande utilité pour l’économie du pays ?
Non ce n’est pas cela la question. La rentabilité de gaz de schiste est en fonction de la rentabilité de pétrole. A partir du moment où nous avons un prix de pétrole qui tourne autour de 70 dollars/baril, l’utilisation de gaz de schiste va nous coûter très cher. C’est vrai que l’exploitation de gaz de schiste va nous donner des ressources financières externes en termes de devises, mais nous devons changer la structure de notre économie : il faut développer les exportations hors hydrocarbures et produire localement. C’est du domaine du possible.

Quid des énergies renouvelables ?
Voilà le créneau. L’Algérie, le plus grand pays africain, a la possibilité plus que les autres d’investir dans les énergies renouvelables. Plus de 75% de notre superficie sont exposés au soleil. Nous pouvons l’utiliser de manière indéfinie contrairement aux autres sources d’énergie. Puisque les coûts d’investissement sont les mêmes, il sera préférable d’investir dans l’énergie solaire. L’Algérie consomme plus de 40% des ressources énergétiques qui sont exportables. Maintenant, pour diminuer la consommation de ces ressources (hydrocarbures), il faut développer l’énergie solaire et éolienne. Dans ce sens, je dirai que nous sommes encore très loin. Mais c’est possible, il suffit d’une décision politique. C’est très facile, il s’agit juste d’installer les panneaux solaires. C’est une affaire de quelques mois.