Propos recueillis par Jacky NAIDJ
Reporters : Pourquoi ce livre aujourd’hui ? Est-ce une inspiration du Hirak qui a fait l’événement ou seulement un retour sur une actualité encore en mémoire ?
Yamina Khodri :
Ce livre a été écrit, il y a une décennie. Je pouvais tenter de l’éditer en France où je réside ou le publier en autoédition sur le web, mais je souhaitais qu’il soit édité en Algérie où son histoire parle le mieux. J’ai contacté moi-même plusieurs grands éditeurs au Salon international du livre algérien (Sila) qui m’ont demandé à lire le manuscrit et j’ai eu des retours-réponses bateau du genre «ce sujet fort intéressant ne rentre pas dans notre but éditorial…». Le Hirak a effectivement insufflé une libération de la parole dans tous les domaines et, au moment où je m’y attendais le moins, un éditeur algérien Rafar Editions a demandé à lire le manuscrit et a répondu favorablement pour l’édition immédiatement.

Votre livre se veut un témoignage frappant sur une situation donnée à travers cette école, avez-vous d’autres exemples ou sujets dominants qui ont ébranlé l’Algérie depuis et qui méritent d’être connus ?
Il y a eu plusieurs calamités qui ont ébranlé l’Algérie durant la période de l’histoire de ce livre. La décennie noire, le terrorisme, la guerre civile et nous, dans notre combat au milieu de cet environnement, nous n’étions qu’un petit grain de sable qui ne pouvait qu’enrayer faiblement la machine qui avait «d’autres priorités nationales» à gérer.

Vous continuez vos activités associatives à Clermont-Ferrand avec un œil en permanence sur l’Algérie. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce domaine privilégié que vous entretenez avec le pays et que pensez-vous de la situation actuelle de l’Algérie par rapport à sa stabilité et sa place dans les relations France-Algérie en général ?
En premier lieu, le mouvement associatif, et ceci dans le monde entier, est la seule plateforme de communication où on a toute liberté d’initiative et d’expression, d’où mon attachement à ce statut. En second lieu, après une expérience de plusieurs années dans le domaine associatif, il m’a semblé indéniable que pour tisser des relations entre la France et un autre pays, en l’occurrence l’Algérie en ce qui me concerne, le domaine culturel est un terreau d’excellence pour nouer des liens d’amitié d’égal à égal, de gagnant-gagnant, où l’échange fructueux se fait dans les deux sens. Ici, ce n’est pas de l’humanitaire où l’un donne et l’autre remercie. Ici, c’est un échange où on apprend l’un de l’autre pour mieux vivre ensemble. D’où l’association Algéria Com Event, que j’ai créée en 2015 et l’organisation annuelle du Salon du livre d’Alger Auvergnat.
En ce qui concerne les relations France-Algérie, en général, elles ressemblent à l’histoire d’un vieux couple qui ne peut se passer l’un de l’autre, mais qui est tourmenté par des non-dits. Tant que les faits réels de la vraie histoire de la guerre d’Algérie n’ont pas été révélés dans les deux sens aux générations futures, les relations, bien que politiquement correctes, seront toujours biaisées.

Et si vous aviez un dernier message pour vos lecteurs algériens, que leur diriez-vous en priorité ?
Qu’ils sont les forces vives de la nation, qu’ils aillent de l’avant en gardant toujours l’espoir en mire.