Entretien réalisé par Jacky NAIDJA
Reporters : Tout d’abord, une petite présentation et quel est votre parcours ?
Naima Boussour :
Il est toujours difficile de se présenter, mais je dirai je suis une artisane des mots. Très tôt, j’ai compris qu’ils étaient une force et qu’ils s’assemblaient pour leur donner du poids. J’écris, en effet, depuis l’âge de 14 ans surtout des poèmes. L’écriture ne m’a plus jamais quittée dès lors.
Trente ans après ces premiers écrits, je décide d’en faire un recueil, la Poésie de l’adolescence, que je publie en mai 2018 aux éditions Edilivre. Depuis, la Poésie de l’adolescence est entrée dans les écoles, les collèges et lycées à travers des ateliers d’écriture, Collège Sainte-Marthe à Tarascon, Lycée international de Fuveau et Ecole internationale de Carthage en Tunisie. Je reviens avec un deuxième ouvrage Voyages en ritournelles, en octobre 2020, aux éditions Hugues Facorat.
Par ailleurs, je suis pharmacienne de profession. J’exerce mon métier depuis de nombreuses années, mais même dans mon métier, j’ai compris que l’on pouvait soigner tant de maux par des mots !

D’où vous est venue l’inspiration de ce deuxième livre après la Poésie de l’adolescence ? Y a-t-il un lien entre eux ?
Le premier livre m’a beaucoup encouragée à continuer à écrire. D’autre part, j’avais encore d’autres écrits à exploiter et Voyages en ritournelles était déjà dans mon esprit. Plus je lisais les poèmes et le récit plus je construisais ce livre.
Au départ, je ne savais pas exactement la tournure que l’histoire allait prendre, mais elle s’est imposée à moi comme une évidence au fil de l’écriture.

Voyages en ritournelles n’est pas une suite à proprement dit de la Poésie de l’adolescence, par contre il affirme le nouveau genre la «poélyre», où le récit s’étire en poème et où le poème s’étire en récit, qui n’était qu’à un balbutiement dans le premier ouvrage.

Vous avez fait le choix dans ce livre d’une écriture qui mêle le récit et la poésie, que vous appelez la poélyre. Dites-nous un peu plus sur cet aspect particulier du livre ?
La poélyre est un mot tout à fait nouveau pour moi avec le suffixe «poè» de poème, dont l’origine grecque de ce mot veut dire créer, et «lyre» pour le clin d’œil au lyrisme et au récit.
Ce mot est venu comme une évidence, nous l’avons défini au début de Voyages en ritournelles avec mon éditeur Hugues Facorat comme «un style mariant la poésie et la prose dans un livre, étroitement imbriquées l’une à l’autre tout en racontant un fait, une histoire, un événement, créant un maillage inédit et fort. L’introduction des poèmes dans la prose est amenée de telle façon qu’ils deviennent récit».
L’aspect particulier du livre, c’est celui que je veux transmettre à travers ce type d’écriture, pour que le récit soit rehaussé constamment par cette touche poétique. Nous avions, jusqu’à présent, dans l’écriture, le roman, la poésie, j’espère bien que la poélyre comme nouveau style littéraire trouvera sa place dans le cœur des lecteurs.

Et d’après-vous qu’est-ce que la poésie peut apporter de plus au récit et surtout au lecteur ?
J’ai compris que la poésie est un style qui apporte de la musicalité, de l’harmonie bien plus que dans un récit. Il y a une sorte de jeu pour accrocher des rimes les unes aux autres.
Il y a aussi le fait qu’un poème exprime beaucoup de nuances en peu de temps. C’est court un poème, la précision qu’il engendre me saisit à chaque fois dans son écriture.
La poésie appelle l’image à soi, elle appelle à une description imagée d’un fait, d’un lieu, d’une émotion. J’ai d’ailleurs prolongé cette façon d’imager au-delà dans le récit pour conserver cette note poétique, cette note métaphorique. Quant à la lecture d’un poème, pour moi, c’est de la douceur à entendre, c’est un rythme à surprendre.
Pour répondre à la question, la poésie apporte un supplément d’âme au récit, justement, elle est une pause dans la douceur, elle se saisit de musicalité un peu comme une chanson. Elle permet aussi aux lecteurs de s’accorder également une parenthèse dans le texte. En tant qu’auteure, j’ai conçu Voyages en ritournelles dans cette optique.

Quelle explication donneriez-vous au choix de ce titre Voyages en ritournelles ? Que vous inspire-t-il au juste ?
Ce titre est pour moi très chantant, la ritournelle évoque un refrain, qui part et qui revient. Le voyage en lui-même est, à mon sens, un refrain, une destination, un avion, un train ou un bateau et la musique de l’aventure humaine, géographique, voire historique, se remet à vibrer dans mon cœur.
J’ai envie de dire «Peu importe le voyage si l’ivresse de découvrir est là».
Ce titre évoque, également, nos voyages intérieurs présents dans les escales de nos cœurs, ces voyages dont on ne parle jamais, mais qui pourtant, par la force des choses, reviennent à nous, comme un refrain à la vie, à la quête de soi-même. Il est une inspiration toute entière, presque spontanée, à entonner comme une ritournelle à travers ces voyages intérieurs et physiques.
Je rajouterai aussi que mon manuscrit a été achevé en décembre 2019, je l’ai alors délaissé et ce n’est que pendant la crise sanitaire, en mars 2020, que je m’y suis replongée corps et âme pour le relire.
Voyages en ritournelles était alors le titre du répit, de la liberté envolée à cause du coronavirus, il a alors pris un sens encore plus profond. J’avais hâte de le partager à travers sa lecture.

Enfin que diriez-vous de plus aux lecteurs pour qu’ils vous lisent ? Avez-vous un message particulier à faire passer ?
Je vous invite à faire un voyage ou des voyages pas comme les autres dans le pays des mots. De «ritournelle en ritournelle».