Par Hakim Ould Mohamed
Algérie Télécom a un nouveau patron, le quatrième à être nommé à ce poste névralgique depuis 2019. Le groupe public des télécommunications n’est pas le seul à évoluer au rythme des changements et des limogeages des managers, symptômes depuis des décennies de l’instabilité chronique dans laquelle sont installées les entreprises publiques et des dangers qu’elles représentent pour elles-mêmes et pour l’économie du pays.
En effet, un nouveau PDG a été désigné, dimanche, pour Algérie Telecom. En effet, la tutelle a annoncé, dimanche, dans un communiqué la nomination de Adel Ben Toumi à la tête d’Algérie Telecom, à l’issue de la réunion de l’Assemblée générale et du conseil d’administration de l’entreprise. C’est le énième changement à la tête d’Algérie Telecom qui continue de valser ainsi au rythme des nominations-limogeages qui semble s’ancrer dans la tradition managériale non seulement d’Algérie Telecom, mais de nombreuses entreprises publiques.
Il s’agit, là, du quatrième PDG désigné à la tête d’Algérie Telecom depuis 2019, soit en un laps de temps de 3 années seulement. Et c’est la treizième nomination en dix ans, rejoignant ainsi les entreprises publiques dont le staff managérial est le plus instable. Prises en tenaille entre les exigences de l’Etat propriétaire et un modèle de gestion rigide ne privilégiant point le sens de l’initiative, les entreprises publiques peinent à sortir de la zone de turbulences dans laquelle elles se sont empêtrées des années durant. Algérie Telecom n’est qu’un exemple parmi d’autres d’une gestion au jour le jour des entreprises publiques. Même si Algérie Telecom est l’une des rares entreprises publiques dégageant d’importants profits et dont la trésorerie serait solide contrairement à celle de ses semblables, cette situation ne l’a pas mise à l’abris de la valse des PDG. Tout comme Sonelgaz qui vient de changer de PDG, bien que le groupe soit moins instable que Sonatrach. Cependant, le groupe public de distribution d’électricité et de gaz vient d’avoir son troisième PDG depuis 2019. Mourad Adjal a été, en effet, désigné nouveau PDG de Sonelgaz voici quelques jours seulement, succédant à Chaher Boulakhras, lui-même succédant à Mohamed Arkab. Le groupe a vu défiler à sa tête cinq PDG depuis 2004. Mais l’entreprise qui a défrayé le plus la chronique par le défilé des PDG est sans doute le groupe public des hydrocarbures, Sonatrach, qui, depuis l’an 2000, a consommé une douzaine de PDG, dont certains sont cités dans des scandales de corruption et font l’objet actuellement de poursuites judiciaires.
Pour ne citer que ces entreprises, dont le staff dirigeant a connu de multiples changements en périodes très courtes, force est de constater que cette instabilité passe pour être une tradition, alors que la norme serait de libérer le sens de l’initiative, associer la gestion de l’entreprise à des obligations de résultats et laisser aux organes sociaux la prérogative de décider des sorts des managers en fonction des résultats obtenus. La gouvernance de ces entreprises, structurellement instables, finit par dissuader les managers et lézarder la croissance et les résultats, car continuellement remis en question, même si, pour certaines entreprises, sont positifs et peuvent aider à faire migrer les entreprises vers de nouveaux secteurs d’activité.
A l’heure où l’Etat cherche à convaincre quant à l’utilité d’une réforme du secteur public marchand, se pose la question des marges de manœuvre dont disposeront les gestionnaires face à un Etat propriétaire omniprésent dans la façon dont les entreprises publiques sont gouvernées. Il est crucial que le gouvernement indique dans sa réforme envisagée qu’il n’interviendra guère dans la nomination des managers et la manière dont ses entreprises sont gouvernées, tout en fixant des garde-fous et des objectifs de résultats. Et aux organes sociaux des missions de contrôle pour le compte de l’Etat. Du côté des gestionnaires, souvent persuadés que l’Etat sera toujours là pour combler les trous de trésorerie, ceux-ci doivent évoluer dans un environnement sain et dotés de pouvoirs à même de piloter l’entreprise en fonction d’un business plan et d’une stratégie sur le long terme. L’Etat doit faire preuve d’une détermination à accompagner les gestionnaires en assainissant l’environnement direct dans lequel évoluent les entreprises, en luttant contre l’informel, les pratiques de concurrence déloyale, la fraude et l’évasion fiscales… de sorte à ce que le privé et le secteur public puissent être logés à la même enseigne. <