La liste des entreprises que l’Etat doit recapitaliser pourrait s’avérer plus longue que prévu, puisqu’il est question de sortir des tiroirs les dossiers des entreprises à l’arrêt et en difficulté.

Par Hakim Ould Mohamed
En effet, lors d’une réunion qui l’a regroupé, dimanche, avec les managers des capitaux du secteur marchand public, le ministre de l’Industrie, Ahmed Zaghdar, a appelé à la relance dans les plus brefs délais des entreprises industrielles à l’arrêt ou en difficulté conformément aux orientations du président de la République et des instructions du Premier ministre.
C’est ce qu’on peut lire dans un communiqué rendu public, dimanche soir, par le ministère de l’Industrie. Il s’agit de traduire dans les faits les promesses inscrites dans le plan d’action du gouvernement Aïmene Benabderrahmane. Lors de cette réunion, Ahmed Zeghdar a donné des instructions pour étudier la situation des entreprises et unités à l’arrêt ou en difficulté et les mécanismes permettant de les relancer, a précisé la même source. Le ministre a insisté sur « la nécessité de relancer ces unités et entreprises dans les plus brefs délais, conformément aux orientations du président de la République et des instructions du Premier ministre, et ce, à travers le redémarrage de leurs activités ou leur transfert vers d’autres branches rentables sur le plan économique ». Il s’agit ainsi, en clair, d’entamer l’audit des entreprises publiques en difficulté et d’autres à l’arrêt, conformément aux engagements de l’Exécutif soulignés en caractère gras dans son plan d’action qui, rappelons-le, a été validé jeudi dernier par l’Assemblée. Dans son plan d’action, le gouvernement s’est, en effet, engagé à « auditer et évaluer les capitaux du secteur public marchand, notamment le management des Groupes/Holdings Industriels et les Entreprises publiques économiques et engager une restructuration du Secteur public marchand à la lumière des audits engagés et ouverture du capital des entreprises ». Entre la série de privatisations prévues à l’issue des opérations d’audit et les nouvelles opérations de sauvetage concernant les usines et unités à l’arrêt et/ou nécessitant une recapitalisation, la liste s’élargit et les coûts pourraient s’avérer pesants pour le budget de l’Etat. Bien sûr, il y a une raison à cela, « la création de la richesse et des postes d’emploi » au lendemain d’un choc pandémique qui s’est révélé nocif aussi bien pour les entreprises que pour le marché de l’emploi.

L’Exécutif prêt à casser la tirelire
Lors de ladite réunion, la réforme de la gouvernance des entreprises était le maître-mot auquel faisait appel le ministre pour évoquer la relance des usines à l’arrêt et/ou en difficulté. Il a ainsi instruit les responsables de son secteur à « formuler des propositions tangibles en vue de les examiner et de les mettre en œuvre dans les plus brefs délais », insistant sur l’impératif de réviser la gestion des groupes industriels publics notamment ceux en difficulté. Il avait même parlé de l’intégration des contrats de performance dans le mode de gestion, histoire de sensibiliser les managers à l’obligation de résultats.
La réunion a permis le « recensement des entreprises et unités en arrêt d’activité et celles en difficulté et de définir les causes à l’origine de cette situation » et de « débattre des mécanismes susceptibles de relancer ces entreprises », lit-on dans le communiqué rendu public par les services du ministère de l’Industrie. L’Etat s’apprête ainsi à intervenir, à nouveau, avec l’argent public dans une situation inconfortable, à savoir le sauvetage de ses entreprises, une pratique qui a fait couler beaucoup d’encre et entraîné d’importants coûts. Face aux défis de la croissance et du chômage, le gouvernement semble prêt à casser la tirelire et à dépenser sans compter afin de les remettre sur pied. Afin d’aider les gestionnaires des entreprises publiques à remonter la pente, le gouvernement a décidé d’accélérer le processus d’audit et d’évaluation des actifs publics en vue de leur sauvetage et leur restructuration.
Il s’agit bien évidemment d’un chantier de longue haleine étant donné les difficultés auxquelles se heurtent les entreprises publiques, dont les problèmes récurrents de trésorerie, d’approvisionnement en matières premières, de gestion, de grèves cycliques, d’insuffisance des investissements dans le développement des process de production, de pénalisation de l’acte de gestion, etc. A ce propos, l’Exécutif s’est engagé dans son plan d’action à procéder aux « amendements nécessaires qui consacrent l’autonomie effective de la décision de l’entreprise publique, une flexibilité accrue de son fonctionnement et un cadre souple encourageant le partenariat, sans pour autant affecter l’efficacité de la supervision ». Il s’agit également d’encourager l’initiative des dirigeants des entreprises publiques, notamment à travers la révision du statut des organes de gestion, la dépénalisation de l’acte de gestion et l’instauration de contrats de performances et l’obligation de résultats à l’égard de ces gestionnaires.