Le changement dans le mode de gouvernance des entreprises publiques pose un enjeu de taille, puisque sans cette mutation, les faillites et les départs au chômage se multiplieront sans que l’Etat puisse bouger le petit doigt. Le cas de l’Entreprise nationale des industries de l’électroménager (ENIEM), qui revient sur le devant de scène, n’est que l’arbre qui cache la forêt et pause l’enjeu de l’après-concours budgétaire de l’Etat qui permettait jusqu’ici, il est utile de le reconnaître, à de nombreuses entreprises publiques de survivre.

D’ailleurs, faute de crédits bancaires, l’ENIEM a dû baisser rideau la semaine dernière, suscitant un choc national, obligeant d’ailleurs le ministre de l’Industrie, Ferhat Ait Ali, de sortir de son silence. Jeudi, le ministre a déclaré que l’ENIEM pâtit actuellement d’un grand déficit budgétaire qui requiert des crédits bancaires pour le résorber et assurer, ainsi, la relance de sa machine de production. Pourtant, le gouvernement a maintes fois injecté des ressources financières dans cette entreprise sans que celle-ci ait pu réaliser des profits et rembourser ses créances auprès des banques. La dernière enveloppe financière en date avait mobilisé de 1,2 milliard de dinars, dédiée à relancer les activités de l’entreprise, mais cela n’a été que de courte durée, puisqu’elle est aussitôt retombée dans le besoin en crédits bancaires, faute de profitabilité et de viabilité sur le long terme. Le cas ENIEM rappelle étrangement l’épisode du complexe El Hadjar, soutenu par l’Etat à coups de centaines de milliards de dinars sans que l’aciérie ne soit jamais définitivement sortie du piège de la dette et de la contribution financière permanente de l’Etat. Malgré les dotations financières de l’Etat, même du temps où ArcelorMittal était aux commandes, ce qui est une aberration, le complexe d’El Hadjar a clôturé l’année 2019 avec un déficit financier de 14 milliards de dinars. La situation que vit également Air Algérie est la preuve on ne peut plus claire de l’échec d’un mode de gestion qui consistait à renflouer indéfiniment les caisses des entreprises publiques plutôt que de passer à un modèle de gouvernance moderne bâti sur les notions de productivité, de rentabilité et de viabilité. Air Algérie est l’une des entreprises publiques qui captent le plus les dotations financières de l’Etat propriétaire.
Dilemme de taille
pour l’Etat
Ces subventions accordées par l’Etat aux entreprises publiques sont souvent implicites, mais lorsqu’elles sont adossées à des prêts bancaires, le risque est double. Car, les rapports macrofinanciers banques-entreprises au sein du secteur public ont exacerbé ces dernières années l’impact des risques budgétaires et de liquidités. C’est-à-dire que les créances sur les entreprises publiques, devenues sources de risques, ont mis à mal de façon directe des banques publiques. D’où l’empressement du gouvernement à quêter des solutions et une alternative à la planche à billets pour les banques publiques fragilisées par la hausse des créances sur les entreprises publiques et privées, l’augmentation des prêts improductifs et la part importante des engagements de long terme en contexte de baisse importante de liquidité. C’est-à-dire que la mauvaise gestion des entreprises publiques a eu des conséquences désastreuses sur les bilans des banques publiques qui étaient jusqu’ici les bailleurs de fonds de ces entreprises.
Ce mode de gestion a montré ses limites et l’Etat, implicitement ou par l’intermédiaire des banques publiques, ne peut plus continuer à investir à fonds perdus dans ses entreprises, dont la culture de la rente a été l’unique modèle de gouvernance. L’Etat propriétaire se trouve désormais confronté à un dilemme de taille : continuer à injecter d’importantes ressources dans des entreprises peu viables économiquement, ce qui est improbable compte tenu de la situation financière des banques et du pays, à moins que l’on fasse tourner à nouveau la planche à billets, ou bien ouvrir le capital de ces entreprises afin de pouvoir lever des fonds et d’améliorer leur management. Au-delà de ces deux options, la faillite de ces mêmes entreprises s’annonce inévitable. <