Les réunions ayant regroupé le nouveau ministre de l’Industrie avec les patrons des entreprises publiques ont donné lieu à des constats de difficultés et de divers obstacles auxquels font face les groupes publics économiques. Créances, concurrence déloyale, crise financière, écueils sur les chemins de développement et de l’exportation… les groupes publics restent empêtrés dans les sempiternelles difficultés auxquelles ils étaient confrontés depuis plusieurs années. L’Etat semble vouloir enfin écouter les patrons de ses entreprises et tenter, probablement, un nouveau plan de sauvetage.

Par Hakim Ould Mohamed
Durant plusieurs jours, le nouveau ministre de l’Industrie, Ahmed Zeghdar, s’est adonné à une série de rencontres le réunissant avec les patrons des groupes publics. L’occasion de réécouter les responsables des entreprises publiques sur les difficultés auxquelles ils sont confrontés, mais surtout leurs entreprises, en perpétuelle crise financière, n’étaient les perfusions assurées par l’Etat propriétaire. L’état de santé des entreprises publiques économiques revenait d’ailleurs ces derniers mois comme une prière, faute d’une stratégie de développement de long terme censée les affranchir des aides financières permanentes de l’Etat propriétaire. A aucun moment, il a été question, durant ces rencontres, de remettre sur la table l’option d’une ouverture partielle du capital des entreprises publiques. Comme quoi l’Etat a décidé de faire table rase des suggestions faites par le précédent gouvernement et de tourner ainsi définitivement la page Ferhat Ait Ali. On n’en sait rien encore de l’option des privatisations partielles, puisque l’argument mis en avant jusqu’ici était le fait que la crise sanitaire avait retardé le processus et qu’il était peu opportun dans cette conjoncture de s’investir dans des solutions extrêmes. En tout cas, l’heure était à la remobilisation des entreprises publiques aux fins de gagner la bataille de la croissance et de la préservation des emplois, à l’issue d’une année 2020 qui aura été désastreuse pour l’économie et les entreprises. Lors de sa rencontre avec le groupe AGRODIV, spécialisé dans les industries agroalimentaires, le ministre de l’Industrie du nouveau gouvernement, il était question de débattre des solutions aux problèmes rencontrés par le Groupe, se rapportant essentiellement aux créances qui grève sa trésorerie ainsi qu’à la concurrence qui affecte les équilibres de ses filiales. Le groupe Divindus et ses filiales semblent pâtir également des mêmes écueils, puisque la réunion du ministère de l’Industrie avec les responsables de ce groupe et ses démembrements ont permis de faire remonter à la surface les nombreuses difficultés dans lesquelles ces entreprises étaient embourbées des années durant.

Créances et concurrence déloyale
Il s’agit, notamment, de la crise financière à laquelle le groupe Divindus et ses filiales étaient confrontées, aggravée par les problèmes de recouvrement des créances. Les débats entre le ministre et les responsables du groupe Divindus ont donné lieu à l’examen « en détail les solutions et les voies susceptibles de relancer le Groupe », en particulier « les filiales qui pâtissent de grandes difficultés », et de relever la « nécessité d’opérer des refontes structurelles lui permettant de réaliser un développement durable ». Ahmed Zaghdar s’est réuni également avec les responsables de Ferrovial, entrevue durant laquelle l’accent était mis sur la nécessité d’élaborer des projets ambitieux avec des taux d’intégration élevés ainsi que sur le renforcement des capacités complémentaires entre les autres groupes industriels. Le ministre a souligné également la nécessité de conjuguer les efforts pour réaliser les objectifs fixés notamment en ce qui concerne l’intégration des composants de fabrication locale, la diversification des produits et la maitrise du coût de production pour la création de richesse et d’emplois. C’est dire que la bataille de la croissance consiste également à préserver les emplois et en créer d’autres afin de réduire le coût social de la crise pandémique. Avec les responsables du groupe GICA, une des rares entreprises publiques qui jouit d’une trésorerie solide, le ministre avait d’autres éléments de langage, à savoir la prise en charge de toutes les difficultés entravant les exportations du Groupe, lesquelles devraient dépasser le milliard de dollars en 2022. Comme quoi le chemin de l’exportation reste parsemé d’embûches malgré l’engagement de l’Etat et ses institutions à déblayer la voie au profit des exportateurs. Ahmed Zeghdar s’est engagé, lors de sa rencontre avec le patron du groupe GICA, à prendre en charge toutes les préoccupations soulevées par les responsables du groupe pour faciliter l’exportation, notamment les problèmes logistiques liés au transport maritime et terrestre.

Faire repartir la croissance
La filière des industries électroniques et de l’électroménager souffre, néanmoins, de difficultés d’un autre genre, liées essentiellement à l’instabilité juridique qui encadre les importations de ses entreprises en intrants et kits d’assemblage. La crise financière et sociale de l’ENIEM et qui a défrayé la chronique tout au long de 2020 en est un exemple. ENIE n’est pas en reste. Durant sa réunion avec le Président directeur général du Groupe public Elec El Djazair, qui regroupe l’ensemble des entreprises publiques de la filière électronique et de l’électroménager, il était question de l’impératif de trouver « des solutions urgentes et réalistes » aux problèmes auxquels est confronté ce groupe, à travers l’action collective et le recours aux capacités et expertises nationales réputées dans ce domaine « à moindre coût et avec un rendement meilleur, ce qui permettra de multiplier la production et de réduire la facture des importations ». Ainsi, l’Etat, par le biais du ministre de l’Industrie, semble vouloir mettre les bouchées doubles en multipliant les rencontre avec les patrons de ses entreprises pour faire repartir la croissance pour laquelle la Banque d’Algérie vient de mobiliser 2100 milliards de dinars. La voix des patrons publics est enfin écoutée et sollicitée. Conscient de la situation dans laquelle se débattent ses entreprises, l’Etat semble vouloir trouver des solutions, mais se garde jusqu’ici d’emprunter les voies qui fâchent, à savoir les privatisations et les investissements à pertes sans obligation de résultats. Mais comme à l’accoutumée, ces rencontres n’ont pas donné lieu à de grandes annonces aussi bien dans la prise en charge des difficultés que rencontrent les entreprises qu’en matière d’ambitions chiffrées.