Le mode de gouvernance du secteur public est considéré comme principale raison des difficultés des entreprises qui le composent. C’est le constat qu’établit le Centre d’action et réflexion pour l’entreprise (Care) dans une analyse consacrée à cette problématique.

Dans cette logique, l’Entreprise nationale des industries de l’électroménager (Eniem) est citée en exemple, cette dernière faisant l’actualité depuis le début du mois en cours à travers un arrêt technique venu témoigner, une nouvelle fois, des fortes difficultés financières auxquelles elle est confrontée.
Or, le cas de l’Eniem est révélateur des opérations «précaires» de sauvetage auxquelles recourent les pouvoirs publics lorsqu’une entreprise publique se retrouve dans cette situation, note Care. «Connaissant le caractère précaire de l’opération sauvetage, les autorités interviendront une nouvelle fois comme elles l’ont toujours fait chaque fois qu’une entreprise publique est menacée de cessation d’activité. Le problème, c’est bien connu, ne se limite pas au cas présent de la seule Eniem ; aussi, c’est ce mode de gouvernance des entreprises publiques, dont chacun reconnaît aujourd’hui qu’il ne fait que reproduire la même logique de l’échec, qui soulève aux yeux de Care de multiples interrogations», estime-t-il.
Observant d’abord que toutes les parties prenantes dans le dossier de l’Eniem, à savoir la Direction générale de l’entreprise, son syndicat, le ministre compétent, se sont exprimées publiquement, Care relève que la banque est la seule à ne pas l’avoir fait, alors que son point de vue est «essentiel», souligne la même source. «Le seul point de vue qui manque, et qui est pourtant essentiel, est celui de la banque qui refuse de continuer à financer un client lourdement endetté et qu’elle considère sans doute, aujourd’hui comme hier, comme insolvable en l’état. Ce silence de la banque, et par certains égards celui du ministre des Finances, n’aide pas vraiment à tirer une quelque leçon que ce soit et à engager le seul débat qui vaille», lit-on à ce propos dans le même rapport d’évaluation. Et d’ajouter qu’«en soi, les difficultés financières de l’Eniem, pour être sérieuses et préoccupantes, ne seraient qu’un problème somme toute secondaire pour une économie de la taille de l’Algérie», mais «ce qui est en revanche sérieux et préoccupant, c’est que cette entreprise n’est qu’un cas de figure parmi de nombreux autres qui sont dans la même situation pour des raisons diverses, plus ou moins valides ou plus ou moins compréhensibles et qui cumulent des déficits d’année en année».
La problématique des déficits cumulés des entreprises publiques, qui pèsent sur les banques publiques et sur les comptes du Trésor, est posée depuis de nombreuses années et «la crise liée à la pandémie actuelle du coronavirus, qui a affecté des secteurs d’activité entiers, à l’exemple des transports aériens ou maritimes, du tourisme, ou de certains segments de l’industrie, a sans doute contribué à aggraver une situation déjà dégradée». A ce stade, l’économie algérienne devra faire face à «des difficultés plus sérieuses au cours des prochains mois ou des prochaines années», alerte-t-on.
Care s’interroge, par ailleurs, s’il s’agit aujourd’hui de «protéger les intérêts de l’Etat actionnaire ou ceux de l’économie nationale ?» Sur ce registre, il considère, entre autres, que «face à une équation financière complexe, la dissolution pure et simple, ou la mise en faillite, n’est certes pas la panacée, mais elle peut s’avérer une solution tout à fait réaliste et économiquement nécessaire et ne doit pas être exclue de manière systématique». Dans la mesure où une entreprise publique donnée «n’est plus financièrement viable, que son activité ne présente aucun caractère stratégique majeur, il ne sert à rien de tergiverser et vouloir la maintenir à tous prix : le Trésor public perd des ressources précieuses, les personnels perdent des qualifications qui pourraient se recycler avantageusement, le coût social in fine est toujours plus élevé», soutient-on. Care évoque, en outre, les lacunes de l’entrée en Bourse des entreprises publiques. «Alors même qu’il a mis en place depuis près d’une trentaine d’années tout un dispositif institutionnel conçu pour encourager le financement de l’économie nationale par la voie boursière, il est frappant d’observer l’absence des entreprises publiques au niveau de la Bourse d’Alger», fait remarquer le cercle, jugeant que compte tenu de leur taille souvent plus importante que celles du secteur privé, «les entreprises publiques auraient dû être au cœur de l’animation de la place boursière algérienne».
«Ainsi, au moment où les autorités publiques encouragent les entreprises à entrer en Bourse, leur réticence à inviter les entreprises qui sont sous leur contrôle direct à se conformer à cette même orientation témoigne d’une forme d’incohérence qui affecte la crédibilité et l’efficacité de la politique économique du pays», regrette encore Care.