L’enjeu est d’enrayer l’aggravation du chômage en particulier des jeunes diplômés et primo-demandeurs d’emploi, prévisible à l’automne prochain avec la crise économique actuelle aggravée par la pandémie Covid-19. Une véritable course contre la montre est engagée par le gouvernement Djerad pour redémarrer l’économie nationale.
Le chef de l’Etat veut accélérer les choses, en ce sens que l’économie reprenne rapidement les sentiers de la croissance, à travers en particulier le développement des start-ups, des micro-entreprises à travers un réaménagement du dispositif Ansej, un plan grand dynamisme des zones industrielles et des zones agricoles dans le Sud et les Hauts-Plateaux. Cela, à travers la mise en service à court terme des usines et des périmètres agricoles à la faveur de l’achèvement du programme urgent de raccordement à l’électricité et au gaz de ces futurs pôles de production. L’enjeu, d’une part, est de créer des richesses et de l’emploi pour les jeunes pour enrayer l’augmentation du chômage prévisible avec la crise économique actuelle et, d’autre part, de relancer la consommation, bénéfique pour l’appareil de production de biens et services.
Concernant le développement des start-ups, le chef de l’Etat, à l’issue de la présentation dimanche dernier des communications des ministres délégués en charge de la Micro-entreprise, de l’Economie de la connaissance et des Start-ups, a décidé des mesures urgentes pour booster ce segment d’activité. La plus décisive porte sur le financement des start-ups. Il s’agit de rendre rapidement opérationnel le fonds spécial dédié aux start-ups pour lancer les entreprises dans les semaines à venir. Il s’agit donc d’un chantier urgent à concrétiser très rapidement. L’autre décision aussi importante est le parachèvement du dispositif institutionnel incitatif à la création de start-up.
Le chef de l’Etat a en ce sens instruit le ministre délégué en charge du dossier de faire adopter dans les meilleurs délais les projets de texte réglementaire relatifs aux start-ups. L’autre mesure également importante concerne le foncier. Il s’agit de mettre à la disposition des incubateurs et des accélérateurs des terrains d’assiette. La dernière décision consiste à recourir à l’expérience des start-ups algériennes implantées à l’étranger à travers leur relocalisation en Algérie en leur offrant les mêmes conditions dont elles disposent actuellement à l’étranger. Cela suppose de la confiance et la transposition de l’environnement d’affaires de ces entreprises en Algérie. Ce qui semble à première vue une mesure difficile à concrétiser. Le Président de la République a souligné que l’objectif à travers le développement de la micro-entreprise et des start-ups est l’émergence d’une nouvelle génération d’entrepreneurs, propres, dynamiques, ambitieux et porteurs de projet.

Maître Hind Benmiloud : « Il y a les prémices d’un écosystème favorable à la création de start-ups »
Contactée, Maître Hind Benmiloud, avocate d’affaires qui a accompagné la création de plusieurs start-ups et qui a une longue expérience dans le domaine, réagit ainsi à ces décisions : « Je ressens pour la première fois qu’il y a une volonté politique pour faire avancer les choses, de mettre en place un écosystème favorable à la création de start-ups. Cette volonté politique faisait défaut auparavant. Je ne sais pas si ça va marcher sur le terrain, cependant, cette volonté doit être accompagnée d’une réforme du système bancaire. Car le gros problème des start-ups est le financement. Ce n’est pas un problème de réglementation. L’arsenal juridique existe. Il convient de relever qu’il y avait un fonds pour les start-up, le Faudtic. Il y avait de l’argent dans ce fonds et cet argent n’a pas été consommé. Les porteurs de projets de start-up n’ont pu utiliser cet argent pour financer leur projet. Le problème de l’Algérie est la gouvernance. L’incubateur de Sidi Abdallah, qui devait booster le développement des start-ups en Algérie, a été sous-géré pendant de nombreuses années. Cet espace immense devrait non seulement servir à booster le développement des start-ups en Algérie, mais également l’innovation dans le pays. Avec toute la bonne volonté du gouvernement, il y a des gens qui font obstacle à la démarche de l’exécutif de faire avancer les choses. Si on passe au tout numérique, à l’e-gouvernance, tous les corrompus, les bureaucrates vont disparaître. Aujourd’hui, avec la Covid-19, on n’a pas d’autre choix que de faire avancer les choses. »
Il s’agit donc de savoir si ces décisions seront concrétisées rapidement sur le terrain. Tant la bureaucratie reste pesante et l’administration, en l’absence d’une réforme de son mode de fonctionnement, demeure un obstacle majeur au développement des start-ups et des micro-entreprises. Il convient également de souligner que l’écosystème favorable à la création d’un tissu significatif de start-ups n’est pas encore complètement mis en place. « Il y a les prémices de cet écosystème », souligne Maître Hind Benmiloud. « Tant que cet écosystème n’est pas totalement mis sur pied, il faut s’attendre à première vue à un développement difficile des start-ups au départ en Algérie. Restons optimistes, mais vigilants sur l’application de ces décisions, tant que cette volonté politique existe », laisse entendre Hind Benmiloud.