Opération déblayage au sein de l’administration économique et des services. Quelques jours seulement après le constat de mauvaises prestations fournies par Algérie Poste, Algérie Télécom et l’Algérienne des eaux, le gouvernement procède aussitôt à des licenciements-remplacements au sein ces deux institutions, une opération qui s’apparente à un coup de déblayage aux fins de réformer les modes de gestion, les pratiques managériales et les prestations au niveau de l’administration économique et des institutions de services.

Mardi soir, le ministère de la Poste et des télécommunications a annoncé la nomination de Hocine Helouane au poste de Président directeur général (PDG) d’Algérie Télécom et la fin de fonctions du Directeur général d’Algérie-poste, Abdelkrim Dahmani. «Suite à la réunion de l’AG du Groupe Algérie Télécom, tenue mardi, il a été procédé au renouvellement des membres du Conseil d’administration du groupe qui s’est réuni, par la suite, en session extraordinaire lors de laquelle, Karim Bibi Triki a été nommé au poste de PDG du groupe», précise un communiqué posté par le ministère de tutelle. MM. Hocine Helouane et Adel Dekkali ont été nommés, respectivement en qualité de PDG d’Algérie Télécom et de Mobilis. Le ministère justifie cette valse de nouveaux PDG par la nécessité de passer à de nouvelles méthodes de gestion aux fins améliorer la qualité des services. Le directeur du Centre national des chèques postaux (CNCP) relevant d’Algérie Poste a été également limogé, lit-on dans le même communiqué. Le même jour, le ministère des Ressources en eau a annoncé avoir mis fin aux fonctions de plusieurs directeurs et responsables relevant de son secteur au niveau national, en application des instructions données par le président de la République. Ainsi, il a été mis fin aux fonctions des directeurs des Ressources en eau des wilayas de Sidi Bel Abbès, Mascara, Ain Témouchent, Relizane, Tlemcen, Naama, Souk Ahras, Blida, Saida et Tissemssilt, ainsi que des directeurs par intérim des Ressources en eau des wilayas d’Oran, Khenchela, Tébessa, et M’sila. Le ministre a mis fin également aux fonctions des directeurs délégués des Ressources en eau et de l’environnement de la circonscription administrative de Timimoune et de la circonscription administrative de Bordj Badji Mokhtar. Tout comme ont été remerciés les chefs de départements des sections des circonscriptions administratives de Birtouta, Chéraga, Rouiba et Bouzaréah à Alger.
Ces changements, lit-on dans le communiqué du ministère des Ressources en eau, visent à venir à bout du problème des coupures de l’eau potable et de la mauvaise gestion des ressources en eau dans certaines villes et zones d’ombre. Ces changements font suite au mesures similaires, prises il y a quelques jours, dont le limogeage du directeur général et de cadres de la Société des eaux et de l’assainissement d’Alger (SEAL) ainsi que des directeurs locaux d’unités. Ces décisions sont justifiées, globalement, par la mauvaise qualité des prestations fournies par les services d’Algérie Télécom, d’Algérie Poste, de la SEAAL et de l’Algérienne des eaux, mais, en décodé, il s’agit de remettre l’administration économique au rythme des nouvelles pratiques managériales, privilégiant la rentabilité, la bonne qualité des services et l’obligation de résultats.

Secouer le cocotier
Cette action était pour le moins prévisible, voire nécessaire pour sortir les entreprises publiques et l’administration économique de la situation de léthargie dans laquelle elles se sont empêtrées depuis maintenant plusieurs années. Cette situation a eu pour effet la détérioration du service public, l’absentéisme, la mauvaise gestion et l’absence de résultats, ce qui a nécessité l’intervention de l’Etat pour le rachat des dettes de ces entreprises et/ou le soutien financier des dépenses de fonctionnement et les investissements. Après la réforme annoncée du secteur public économique, la réforme de l’administration économique et des services vient d’être lancée, du moins en vertical, en attendant les textes et le management. C’était un chantier auquel le gouvernement avait promis de s’atteler car, la situation actuelle renvoie une mauvaise image de l’Etat gestionnaire et génère un coût insoutenable pour le trésor public. La hausse du coût de la mauvaise gestion, l’absence de résultats et la détérioration de la qualité du service public sont aussi le reflet du vieillissement de l’encadrement au sein des entreprises et des administrations publiques. Cette année, avec le Covid, alors que l’ensemble des entreprises et administrations publiques sombrent dans l’absentéisme, le laisser-aller, la hausse des charges et la baisse des recettes, le besoin de réforme du service public et du secteur économique relevant du domaine de l’Etat n’a jamais semblé aussi pressant. Les périodes de crise sont toujours propices aux réformes. Selon des indiscrétions, d’autres nouvelles nominations sont attendues dans de nombreuses entreprises et administrations publiques, relavant essentiellement des secteurs économiques et des services. L’objectif étant de préparer le terrain à la concrétisation du plan de relance socioéconomique, la débureaucratisation du processus décisionnel et de l’acte d’investissement et d’entreprenariat et l’amélioration des prestations fournies par les entreprises et les administrations publiques. Si la réforme verticale n’est pas faite ; c’est de la nécessité de secouer le cocotier dont il s’agit, la réforme horizontale a peu de chances d’aboutir, tant il est vrai que ceux qui doivent la concrétiser sont habitués aux vieux réflexes d’une administration jacobine, vieillotte et peu efficace. n