Les micro-entreprises défaillantes à l’échelle nationale sont au nombre de 11 000, selon le chiffre annoncé par le ministre délégué auprès du Premier ministre chargé des Micro-entreprises, Nassim Diafat.

Par Feriel Nourine
«Le nombre de micro-entreprises défaillantes a atteint à l’échelle nationale les 11 000 entités», a en effet indiqué, M. Diafat, en marge de sa visite d’inspection dans la wilaya de Tissemsilt.
Il a souligné que le Fonds national de la garantie relevant de l’Agence nationale d’appui au développement de l’entreprenariat (Anade) «a étudié, la semaine écoulée, près de 500 dossiers introduits en vue de l’effacement des dettes des entreprises défaillantes n’ayant pas pu honorer leurs créances». Dans ce cadre, il a été décidé «l’effacement de 250 dossiers de ces entreprises, alors que plus de 230 dossiers ont été différés et 6 autres ont été rejetés», a ajouté le premier responsable du secteur.
Il est sans doute utile de préciser que si le nombre des micro-entreprises est estimé à 11 000 par la tutelle, celui des entreprises issues de l’Ansej qui se trouvent en difficultés dépasse les 70% de l’ensemble des entités créées dans le cadre de ce dispositif, selon des déclarations antérieures émanant du même ministre.
Et c’est de cette situation catastrophique qu’a hérité l’Anade, nouvelle dénomination de l’Ansej, en dernier, après le passage de celle-ci sous la bannière du ministère de la Micro-entreprise, des Start-ups et de l’Economie de la connaissance, quelques mois auparavant.
La tutelle change la dénomination, mais le gros problème des micro-entreprises, créées depuis 1996 dans le cadre de l’Ansej, est toujours le même. Il a trait aux crédits accordés par les banques aux jeunes porteurs de projets et que ces derniers n’arrivent pas à rembourser dans les délais prévus. Les créances traînent depuis des années, leur stock prend de plus en plus de volume et les prolongations et souplesses accordées par les banques en guise rééchelonnement des dettes des entreprises ne suffisent plus pour cacher le marasme dans lequel sont plongées la majorité des entités mises sur le circuit économique par la voie d’un dispositif mal parti, et qui n’est jamais arrivé à la destination promise par ses concepteurs, il y a plus de 24 années. L’Ansej a, durant toutes ces années, enregistré un taux de mortalité considérable parmi les entreprises nées de son dispositif, mais qui n’ont jamais remboursé leurs dettes, pénalisant ainsi les établissements bancaires chargés de financer leurs projets.
Aujourd’hui, le délégué auprès du Premier ministre chargé des Micro-entreprises se retrouve au chevet d’une Ansej qui a surtout servi à engendrer des déséquilibres dans les caisses des banques qu’à créer cette richesse économique qu’on attendait d’elle. Victime, entre autres, de sa propre dénomination, ce dispositif avait, dès son avènement, versé au compte de la création de l’emploi au profit des jeunes, au sens exagérément social du terme, mais cependant porteur pour le pouvoir en place. D’où visiblement cette nouvelle dénomination Anade qui laisse transparaître les objectifs des pouvoirs publics.
En effet, comme son appellation l’indique, cette agence semble rompre avec la création de l’emploi, au sens très restreint du terme, et met le cap sur la promotion de l’entrepreneuriat en matière d’appui et de développement. Elle est, en ce sens, chargée de retracer le chemin vers la création de l’emploi en réhabilitant l’entrepreneuriat et le statut, voire la vocation d’entrepreneur.
En absorbant d’abord l’Ansej, après près d’un quart de siècle passé sous la houlette du ministère du Travail, puis en la convertissant en Anade, le ministère fraîchement créé pourrait, en effet, la réorienter en direction des jeunes dont les projets viendraient s’inscrire dans une nouvelle vision entrepreneuriale, en rupture avec la notion de l’entreprise qui y a prévalu à ce jour, se soldant par beaucoup plus d’échecs que de succès pour les 400 000 projets créés depuis 1996, pour un montant de 334 milliards dinars, selon les chiffres livrés par les parties concernées.
A ce jour, le déficit de crédibilité dont a souffert l’Ansej durant 24 années d’existence continue à faire parler de lui, et les problèmes de finances, et autres, mis en avant par les promoteurs de micro-entreprises ayant souscrit à ce dispositif confirment chaque jour que la stratégie mise en place a été un échec. Des jeunes chefs d’entreprise ont accédé à ce statut sans jamais être passés par un emploi préalable et, pire, n’ont bénéficié d’aucun accompagnement en matière de gestion de leur projet, qu’il s’agisse de montage, de mise en marche ou de gestion.