La volonté affichée du gouvernement dans la préservation des entreprises dites stratégiques semble être là. Et le ministre des Finances, Abderrahmane Raouya, vient de le confirmer.

S’exprimant hier sur les ondes de la Radio nationale, il a, en effet, précisé que l’Etat n’est pas prêt de céder le moindre pourcentage du capital des entreprises publiques relevant des secteurs stratégiques, comme celui de l’énergie, dont les hydrocarbures, ou des transports. Tout est clair dans la tête des chargés du projet de partenariat public-privé. Deux entreprises de premier ordre, Sonatrach et Air Algérie, ne sont pas concernées par des prises de participations privées dans leurs capitaux respectifs. 

L’Etat garde ainsi la main haute sur ces deux entités qui restent au cœur de la souveraineté nationale, faisant partie de deux secteurs monopolisés de l’économie. Le secteur des hydrocarbures ne fait pas appel au privé, l’aérien non plus. La preuve, il y a quelques semaines, de gros contrats de partenariat (400 millions de dollars) ont été signés entre le Groupe Sonatrach et des entreprises publiques pour le développement du champ gazier de Tinhert (Illizi). Aucune société privée ne figure dans ces contrats. Le Premier ministre a fortement salué cette alliance entre Sonatrach et des entreprises publiques, dont Cosider.
Les entreprises publiques ont relevé le défi de ce partenariat pour le développement du champ gazier de Tinhert, qui aurait pu être confié à des sociétés étrangères, a-t-il indiqué. Il a ajouté que cette signature prouve, encore une fois, que les entreprises algériennes sont aptes à contribuer à l’édification de l’économie nationale et à remplacer les sociétés étrangères dans des secteurs importants et sensibles comme les hydrocarbures. Ouyahia a souhaité que les choix de l’Etat, conformément aux orientations du président de la République, encouragent les entreprises nationales à aller de l’avant dans cette voie et inciter d’autres à contribuer à la consolidation de cette option. Le problème est que rien n’est fait pour permettre aux entreprises nationales de jouer à armes égales et de favoriser le développement des affaires à long terme.
Le transport aérien a été, lui, complètement verrouillé après la parenthèse Khalifa. Et l’Etat ne semble pas prêt de rouvrir au privé national. Ainsi, le partenariat entre public et privé s’arrête là où commence le monopole de l’Etat. Ce dernier garde en fait un œil attentif sur les sociétés stratégiques, mais également sur l’emploi, un autre point à souligner dans les propos du ministre des Finances.

17 milliards de dollars, c’est trop
Celui-ci a effectivement relevé que la préservation de l’emploi demeure une priorité pour l’Etat, même en cas de prise de participation d’entreprises privées dans des entreprises publiques dans des secteurs non stratégiques, dans le cadre du Partenariat sociétaire entre le secteur public et privé. Et d’expliquer.
Le partenariat public-privé, prévu par la Charte sur le partenariat sociétaire «n’est pas une privatisation », mais une « prise de participation » d’entreprises privées dans des entreprises publiques dans des secteurs non stratégiques et dans les limites qui sont connues.
Dans ce cas, a-t-il ajouté, le maintien de l’emploi demeure une priorité pour l’Etat. Le privé ne peut agir en dehors des règles fixées par la loi, a indiqué le ministre. Autrement dit, il ne devrait y avoir de compression d’effectifs dans le cadre de ces partenariats. Par ailleurs, et évoquant la question de la révision de la politique des subventions, le ministre a estimé que les dépenses des transferts sociaux (1 760 milliards de dinars en 2018, 17 milliards de dollars) demeurent lourdes. «C’est trop», a-t-il observé.
A ce propos, il a avancé que l’Etat continuera, en 2018, à travailler pour revoir cette politique afin de mieux cibler ces subventions. Au chapitre du commerce extérieur et des mesures prises pour l’interdiction à l’importation de certains produits, Raouya a souligné que ce dispositif est « conjoncturel » et ce, pour « mettre fin à l’importation anarchique, retrouver l’équilibre de la balance commerciale et rendre notre économie plus solide d’ici deux à trois années ».

Pas de changement de monnaie
A propos des éventuelles conséquences inflationnistes de l’application du financement non conventionnel, le ministre a assuré que l’Etat a accompagné cette mesure par des mécanismes de contrôle rendant possible la maîtrise des sommes injectées dans l’économie nationale ainsi que de l’inflation dont le taux prévu pour 2018 est de 5,5%. Il a, en outre, écarté l’éventualité d’un changement de la monnaie nationale pour drainer les capitaux circulant dans le secteur informel, expliquant que cela ne peut être possible si la masse de cet argent n’est pas suffisamment connue.
Mais selon le premier argentier du pays, l’Etat « mène la politique du bâton et de la carotte pour inciter les détenteurs de cet argent informel à intégrer le secteur formel ». Interrogé sur la hausse des prix du pétrole dans les marchés mondiaux et son impact sur l’économie nationale, le ministre a considéré que si cela permettrait de réduire le déficit budgétaire ainsi que le déficit commercial, l’Etat doit, cependant, toujours « agir avec prudence » face à l’instabilité des marchés et ne pas écarter un autre recul des prix. S’agissant de l’impôt sur la fortune, qui était prévu dans le projet de loi de finances 2018 mais supprimé par l’APN en raison, selon la Commission des finances, des « difficultés techniques » de son application, Raouya a fait valoir que le Parlement est « souverain dans sa décision ». Ajoutant que cette mesure pourrait être introduite dans les prochaines lois de finances une fois sa mise en application effective sera possible.