L’issue à la crise, qui pénalise depuis plusieurs mois l’Entreprise nationale des industries de l’électroménager (Eniem), semble s’éloigner puisque l’entreprise renoue avec les difficultés suite à la publication au mois de novembre 2020 du décret exécutif n°20-313, fixant les conditions d’accès au régime fiscal préférentiel.

Par Hakim Ould Mohamed
Incapable de répondre aux exigences dudit décret en matière de taux d’intégration, l’Eniem se retrouve à nouveau dans l’impasse, étant donné que l’accès au régime fiscal préférentiel lui est interdit faute de pouvoir remplir les exigences du cahier des charges contenu dans le décret en question. C’est du moins ce que rapporte une lettre ouverte adressée par le syndicat d’entreprise au Président de la République Abdelmadjid Tebboune, dont Reporters détient une copie. «Nous avons l’honneur de venir vous faire part des appréhensions des travailleurs de l’Eniem quant à l’avenir de leur entreprise et solliciter instamment votre précieuse intervention pour la sauvegarde de cette entreprise qui fut naguère le fleuron de l’industrie algérienne. Nous nous adressons à vous car la situation impérieuse que traverse actuellement notre entreprise risque à terme de déboucher sur une grave crise», écrivent les travailleurs de l’Eniem dans leur missive envoyée au chef de l’Etat.
Dans cette nouvelle impasse dans laquelle s’est empêtrée l’entreprise, les travailleurs mettent en cause le décret exécutif n°20-313, fixant les conditions d’accès au régime fiscal préférentiel. L’espoir suscité par la désignation du nouveau PDG à la tête de l’entreprise n’a été ainsi que de courte durée, puisque ledit décret est venu remettre l’Eniem sur une pente glissante. Les travailleurs pointent clairement l’incapacité de l’entreprise à répondre aux conditions d’accès au régime fiscal préférentiel fixées par ledit décret. «Les taux d’intégration fixés pour ouvrir droit au régime préférentiel sont de beaucoup supérieurs à ceux atteints par l’entreprise», lit-on dans la lettre du syndicat de l’entreprise qui précise, en guise d’exemple, que «le taux d’intégration exigé, par le cahier des charges, dans la gamme des produits froid, est de 60%, alors que le taux d’intégration réel atteint par l’entreprise avoisine à peine les 30%». Une façon de dire que, dans l’incapacité de remplir ces conditions, et alors que l’entreprise fait face à d’importantes difficultés financières, la priver du régime fiscal préférentiel qui défiscalise ses importations en intrants et en composants nécessaires à son fonctionnement, l’Eniem s’achemine droit vers la faillite.

L’inévitable soutien de l’Etat
A moins que les pouvoirs publics ne décident à nouveau de faire bénéficier l’Eniem de nouvelles lignes de crédit lui permettant de mieux répondre aux conditions fixées en matière de taux d’intégration. Ou d’annuler purement et simplement le décret objet de contestation. «En l’état actuel des choses, risquant un arrêt imminent faute de possibilité d’approvisionnement en matières premières, notre entreprise a besoin pour sa relance de disposer à la fois de fonds conséquents et d’une rallonge de temps qui lui permettrait d’accéder au niveau d’intégration requis. Par conséquent, la mise en œuvre de cette solution exige concomitamment l’octroi d’un conséquent crédit d’investissement en vue de la modernisation des chaînes de production et le gel du décret exécutif n°20-313 durant au moins trois ans, le temps nécessaire à la rénovation et/ou la réalisation des chaînes de production avec à clé l’atteinte des taux d’intégration requis», suggèrent les travailleurs dans leur courrier. Ainsi, ces derniers estiment que l’amélioration du taux d’intégration et l’investissement dans la sous-traitance est un processus long et très exigeant en ressources financières, ce que l’entreprise ne peut pas se permettre étant donné les fortes crises financières qui l’ont secouée ces dernières années. «Quand bien même la nouvelle politique industrielle engagée par le gouvernement serait pertinente, force est d’admettre que les entreprises économiques n’y sont pas encore préparées», estiment les travailleurs. Cet énième cri de détresse lancé par les salariés de l’Eniem révèle les limites des décisions hâtives décrétées par le ministère de tutelle, ne prenant pas en considération l’état de santé des entreprises publiques, incapables, semble-t-il, d’entrevoir un processus de développement sans le soutien financier de l’Etat propriétaire. Preuve en est que la première décision annoncée au lendemain de la désignation d’un nouveau PDG pour l’entreprise est celle d’un rééchelonnement de sa dette à long terme, dans le cadre du plan de redressement et de relance envisagé par les pouvoirs publics. Peu après cette décision, qui concerne une dette de 4,4 milliards de dinars, l’entreprise se retrouve à nouveau dans une nouvelle impasse financière, nécessitant un nouveau crédit d’investissement. De toute façon, sans une énième aide de l’Etat propriétaire, puisque l’annulation du décret n°20-313 serait irréalisable, l’Eniem ne pourrait sortir la tête de l’eau facilement.