Par Bouzid Chalabi
Les acteurs de la filière céréalière ont certes, bien accueilli la mesure d’augmentation des prix de référence des engrais subventionnés, décidée récemment par le ministère de l’Agriculture et entrée en vigueur ce vendredi 1er octobre, mais ils restent dubitatifs quant à savoir si les quotas qui leur seront consacrés seront à la hauteur de leurs besoins réels.
Une question cruciale pour eux car étant à la veille d’entamer leur campagne labours-semailles 2021. L’expert en agronomie Nouad Mohamed Amokrane redoute que la nouvelle mesure montre ses limites, entre autres, une logistique qui ne suit pas. Il y a lieu de savoir de prime abord que la mesure sus-citée a été prise suite à la hausse des prix des intrants agricoles sur le marché mondial et son impact sur le marché national. Faut-il indiquer dans ce sens que le ministère de l’Agriculture et du Développement rural Abdelhamid Hamdani a annoncé, récemment, l’augmentation du prix de référence des engrais (c’est sur cette base qu’est déterminé le taux de subventionnement par l’Etat) le portant à 8 000 DA le quintal contre 3 700 DA le quintal auparavant et ce, suite à la hausse sensible des prix de ces intrants agricoles sur le marché mondial où le quintal est cédé à 14 000 DA. A noter que les nouveaux prix continueront à être subventionnés par l’Etat à hauteur de 20%. En fait, on peut qualifier cette mesure d’urgence car elle répond à l’inquiétude des céréaliculteurs et autres gens de la terre qui redoutaient de se voir impactés par cette envolée des prix des intrants sur le marché mondial, alors que ces derniers sont sur le point d’entamer leur campagne agricole. Certes, les acteurs de la filière sont rassurés que les prix des intrants ne vont pas connaître d’augmentation mais, toujours est-il, comme se rejoignent à dire des céréaliculteurs approchés hier par Reporters, qu’ils craignent, compte tenu que les engrais sont subventionnés par l’Etat de se voir imposer un système de quota sur leurs besoins car le pays n’est plus, avec les cours actuels élevés mondiaux, en mesure d’importer de grosses quantités. Un scénario qu’ils considèrent très probable «car il est déjà en vigueur chez les producteurs de lait pasteurisé en sachet, soumis à un système de quota d’approvisionnement en poudre de lait subventionné auprès de l’Office national interprofessionnel du lait (Onil)», selon Abdelkader, un grand céréaliculteur dans la wilaya de Constantine.
Sur ce dernier point, l’expert en agronomie Mohamed Amokrane Nouas, approché par Reporters, dira sans ambages : «La filière céréalière, au vu de son importance stratégique sur la sécurité alimentaire, ne saurait se suffire d’une augmentation des prix de référence des intrants agricoles. Et si un système de quota venait à être mis en place, on peut s’attendre à ce que nos céréaliculteurs réduisent, soit leurs champs de culture, soit la dose nécessaire. Et par voie de conséquence, dans les deux cas, il sera enregistré un recul en termes de production.»
Abondant dans ce même ordre d’idées, l’Expert dira «le cas échéant, ce sera tout à fait décevant dans le sens où le ministre de l’Agriculture a déclaré récemment que l’année prochaine sera celle des céréales, s’appuyant sur la batterie de mesures qui a été mise en œuvre pour renforcer cette filière». Pour le ministre, une des mesures phares consiste en «l’éligibilité au crédit Rfig» des engrais et intrants, fruit d’un contrat cadre passé entre le Groupe industriel engrais et produits phytosanitaires Asmidal et l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC), qui va permettre ainsi aux céréaliculteurs de disposer d’engrais à crédit remboursable à l’issue de leur campagne moissons-battage».
A ce propos, Nouas craint fort que «les coopératives céréalières relevant de l’OAIC feront montre de lenteur administrative dans l’acte de délivrance des chèques au bénéfice d’Asmidal pour livrer le porteur de chèque. Ce serait d’autant regrettable pour le céréaliculteur, car tout retard dans la disponibilité de matière organique peut compromettre la campagne labours-semailles». Et de poursuivre dans ce sens : «De la sorte, les céréaliculteurs n’en seront pas à leur première déconvenue car ils continuent de percevoir leurs dus relatifs à la vente de leurs moissons auprès de l’OAIC avec des retards considérables, alors qu’ils ont des charges à honorer et des crédits à rembourser».
En définitive, selon l’expert, «si l’Etat n’est plus en mesure de poursuivre sa politique de maintenir des prix de référence, alors que les tarifs des engrais sur le mondial ont littéralement grimpé, une des solutions des plus appropriées dans ce genre de situation serait d’impliquer les patrons de minoteries de façon à prendre en charge les frais en engrais et intrants de leur fournisseur en matière première, c’est-à-dire en blé dur et tendre. Une option des plus indiquées dès lors où les minoteries bénéficient en aval de la subvention sur les engrais». Nouas estime enfin dans ce sens : «Il s’agira de faire impliquer tous les maillons de la chaîne production /commercialisation qui bénéficie des subventions sur les céréales». C’est là un moyen de booster notre production de céréales primaires (blé tendre, dur et orge).
Un défi à relever tant la facture d’importation en la matière reste agrippée à des niveaux inquiétants et dont il sera de plus en plus difficile d’y faire face, à moins d’une réelle volonté de relever les rendements à l’hectare. Ce qui est à la portée du pays. <