Au premier jour de l’entrée en vigueur, hier, des mesures sanitaires supplémentaires après les pics successifs des contaminations au nouveau coronavirus, les propriétaires des commerces concernés par une limitation des horaires d’activité à 15h00 pour une durée de quinze jours sont dépités.

Ils disent ressentir un sentiment d’incompréhension mêlé à celui d’être lésés en quelque sorte. Dépités, car, pour une bonne partie d’entre eux, comme les marchands d’électroménagers, d’articles ménagers et d’ameublement, entre autres, les activités n’ont pas repris le rythme habituel depuis qu’ils ont été autorisés à reprendre après plusieurs mois de fermeture. Leur incompréhension vient du fait qu’ils ne s’expliquent pas les raisons qui font que ce soit encore eux qui doivent baisser rideau, même si c’est à partir du milieu de l’après-midi, alors que d’autres commerces présentant un plus grand risque de contamination peuvent continuer d’exercer durant le reste de la journée.
Le propriétaire d’un magasin d’appareils électroménagers à la Place du 1er-Mai ne cache pas son désarroi et déclare d’un air, toutefois, résigné : «Je suis contraint de fermer à l’horaire décidé. Je ne prendrai pas le risque de me voir sanctionné par la fermeture de mon magasin». Il se plaint déjà de la rareté de la clientèle en ces temps de disette pour tous, mais soutient qu’il a toujours respecté les mesures sanitaires. «Je me trouve déjà dans une rue où il n’y a pas une grande circulation piétonne et les clients qui s’arrêtent ici ne sont pas nombreux. Les pertes que j’ai subies pendant les mois de confinement sont énormes et je n’arrive pas à les compenser, alors ce n’est pas en fermant à 15h00 que mon commerce ira mieux ! Pourtant, j’applique les mesures édictées et aucun client ne rentre sans bavette», a-t-il dit.
Ils sont nombreux à être comme lui, à penser que même si la décision vient pour répondre à une situation sanitaire inquiétante, il n’était pas utile de leur imposer la fermeture de 15h00. «Pourquoi 15h00 et pas 16 ou 17h00 par exemple ? Pourquoi nous alors que les regroupements ne se font pas à notre niveau, mais ailleurs ?», se demandent-ils.
Dans un grand magasin d’articles électroménagers situé entre le 1er-Mai et le quartier Mohamed-Belouizdad (ex-Belcourt), le propriétaire a aménagé une entrée et une sortie et les deux vendeurs qui sont à l’intérieur portent leur bavette. L’un d’entre eux, voyant deux femmes entrer avec une petite fille de trois ou quatre ans, se dirige vers elles et leur dit : «L’entrée est interdite pour les enfants de son âge, l’une d’entre vous doit rester avec la fillette à l’extérieur».
Le propriétaire, assis à la caisse, nous déclare que «les temps sont durs pour tous» et que même si son commerce ne marche pas comme il le souhaite, il doit tout de même s’acquitter des charges, payer les deux vendeurs…».
Pour lui, comme pour tant d’autres, le problème de non-respect des protocoles sanitaires ne se pose pas au niveau des magasins situés dans les grandes rues, mais il est plutôt à voir ailleurs, du côté des marchés par exemple. «Une équipe d’inspection est passée ce matin et n’a verbalisé ou décidé la fermeture d’aucun magasin, du moins ceux qui sont à côté. Ce qui veut dire qu’ils n’ont pas trouvé d’infraction. Il serait plus intéressant qu’ils fassent un tour du côté du marché de fruits et légumes, les infractions, ils en trouveront à la pelle !», a-t-il suggéré, tout en indiquant qu’il baissera rideau à «15h00 sonnante, pas une minute de plus».
Malgré cette «bonne conduite» constatée dans bon nombre de magasins visités hier, il reste que quelques commerces, notamment les fastfoods et cafés, ne sont pas très pointilleux sur le respect de la vente «à emporter». Nombre d’entre eux tolèrent ou acceptent la consommation à l’intérieur. Bien sûr qu’il ne s’agit pas de généraliser, car beaucoup aussi ont mis un ruban limitant l’accès des clients à un certain seuil et se conforment à la règle «à emporter». Le propriétaire d’un fastfood affirme être très lésé par la fermeture à l’horaire exigé. «Les clients commencent à venir à partir de 11h30 et je dois fermer à 15h00. Ce qui veut dire que je dois arrêter le travail bien avant puisqu’il faut nettoyer le magasin avant de fermer. Au final, je n’aurai travaillé que trois heures !». C’est pratiquement le même raisonnement que nous livre un restaurateur qui se demande comment faire face à la perte subie. «Nous sommes restés des mois sans travail, sans revenus. Nous sommes prêts à respecter toutes les mesures nécessaires», a-t-il ajouté.
Ainsi, au premier jour de l’entrée en vigueur des nouvelles mesures pour les commerces concernés, le constat global est qu’à quelques exceptions près dans les quartiers du 1er-Mai et une partie de Belouizdad, l’ensemble des commerçants semble se conformer au port de la bavette et, à un degré moindre, à la distanciation physique à l’intérieur des magasins. Tous sont également unanimes à relever que les vrais regroupements qui font peur et qui favorisent la propagation du coronavirus se trouvent au niveau des marchés des fruits et légumes surtout. Pourtant, l’autre constat implacable est qu’il y a eu relâchement en matière de respect des gestes barrières. Le millier de cas enregistré hier en est la preuve ainsi que les pics de contaminations qui n’ont cessé de s’enchainer depuis la semaine dernière. Et même avant, dans la rue, dans les magasins, dans les lieux de détente et autres, partout où on allait, le tableau était le même : peu de masques visibles, alors que c’est la première consigne de prévention sur laquelle les médecins insistent. Les gestes barrières ont été délaissés par une bonne partie de la population. Les chiffres le prouvent tous les jours.<