Aux grands maux, les grands moyens ! En vertu des mesures préventives décidées mardi dernier au plus haut niveau de l’Etat face à la menace du nouveau coronavirus, l’Algérie entre en confinement partiel. A partir d’aujourd’hui, les transports en commun sont suspendus dans les villes et entre les wilayas. Les trains restent à quais et 50% des employés sont démobilisés à l’exception des personnels des services vitaux…

Par Adlène Badis et INES DALI
La série de décisions prises, mardi, par le Président de la République pour faire face à la propagation du Coronavirus pourrait être prolongée en fonction des nouvelles donnes et l’évolution de la situation. Afin de faire face à la situation, il a été décidé «la suspension de tous les moyens de transport en commun publics et privés à l’intérieur des villes et inter-wilayas ainsi que le trafic ferroviaire, la démobilisation de 50% des employés et le maintien des employés des services vitaux nécessaires, avec maintien des salaires et la démobilisation des femmes travailleuses ayant des enfants en bas âge». Les activités de transports de personnes sont suspendues durant cette période. Les services aériens de transport public de passagers sur le réseau domestique, les transports routiers sur toutes les liaisons urbaines et suburbaines, intercommunal et inter-wilayas. Le transport ferroviaire, le métro, le tramway, le transport par câble et le transport par taxi collectif sont aussi suspendus. Seule l’activité de transport des personnels est désormais permise. Les autorités compétentes sont chargées d’organiser le transport des personnes pour assurer la continuité du service public et le maintien des activités vitales au niveau des institutions et administrations publiques, des entités économiques et autres services financiers. Un décret promulgué par le Premier ministre définit les catégories concernées par les mesures. Il a été également ordonné à cet effet «la fermeture temporaire des cafés et restaurants dans les grandes villes» et «la régulation du marché pour lutter contre les pénuries en assurant la disponibilité de tous les produits alimentaires de première nécessité». Seront ainsi fermés dans les grandes villes les débits de boissons, les établissements et espaces de loisirs, de divertissements, de spectacle et les restaurants à l’exception de ceux assurant la livraison à domicile. Cette mesure de fermeture peut être étendue à d’autres activités et à d’autres localités par arrêté du wali territorialement compétent.

Commission de vigilance
Parmi les mesures il sera procédé en coordination avec les ministères du Commerce et de l’Agriculture à la lutte contre «les spéculateurs et de prendre les mesures nécessaires à leur encontre, dont la mise sous scellés de leurs entrepôts et locaux et leur signalement à travers les médias avant de les déférer à la justice». Afin de freiner la propagation de ce virus notamment dans d’autres villes du pays, il a été décidé de «doter l’actuelle commission de vigilance et de suivi au ministère de la Santé d’un comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie du Coronavirus (Covid-19)». Ce comité, dont le porte-parole officiel est l’épidémiologiste le Pr. Djamel Fourar, Directeur général de la prévention au ministère de la santé, est composé «d’éminents médecins spécialistes à travers tout le territoire national sous la supervision du ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, et dont la tâche consistera à suivre l’évolution de la pandémie et à en informer l’opinion publique quotidiennement et de manière régulière». Le ministère des Finances a été chargé, quant à lui, de faciliter «les mesures de dédouanement des produits alimentaires importés et d’accélérer les procédures bancaires y afférentes en fonction de la situation exceptionnelle que traverse le pays».

Distanciation sociale
Ces mesures imposées ont pour objectif de ralentir la pandémie. Le Président de la République avait fait appel au «sens élevé de responsabilité dont tout un chacun doit faire preuve». Il a également souligné la possibilité de recourir «aux moyens de l’Armée nationale populaire, capable d’apporter son aide à travers des hôpitaux de campagne et des capacités humaines telles que les médecins, spécialistes, corps paramédical et ambulances». Un décret a pour objet de fixer les mesures de distanciation sociale destinées à prévenir et à lutter contre la propagation du Coronavirus. Ces mesures visent à diminuer, à titre exceptionnel, les contacts physiques entre les citoyens dans les espaces publics et sur les lieux de travail. Il est mis en congé exceptionnel rémunéré au moins 50% des effectifs de chaque institution et administration publique. Sont exclus de la mesure les personnels de santé, relevant de la Direction générale de la Sûreté Nationale, de la Direction générale de la Protection Civile, de la Direction générale des Douanes, de la Direction générale de l’Administration Pénitentiaire, de la Direction générale des Transmissions Nationales, de la qualité et de répression des fraudes, de l’autorité vétérinaire, de l’autorité phytosanitaire, ceux affectés aux missions d’hygiène et de nettoiement et ceux affectés aux missions de surveillance et gardiennage. Peuvent également être exclus de la mesure les personnels indispensables à la continuité des services publics vitaux. Sont considérés prioritaires au congé exceptionnel les femmes enceintes et les femmes élevant des enfants ainsi que les personnes atteintes de maladies chroniques et celles présentant des vulnérabilités médicales. Les institutions et administrations publiques annoncent pouvoir prendre toute mesure encourageant le travail à distance dans le respect des lois et règlements en vigueur. Pour rappel, avant ces mesures, d’autres avaient été annoncées et ont consisté en «la fermeture de toutes les frontières terrestres avec les pays voisins, avec éventualité d’autoriser des déplacements de personnes dans des cas exceptionnels, d’un commun accord avec les gouvernements des pays concernés». Il avait également été question de la «suspension immédiate de tous les vols de et vers l’Algérie, à l’exception des avions cargos ne transportant aucun voyageur» et de «la fermeture immédiate de la navigation maritime, à l’exception des navires de charge transportant des marchandises et des biens».
Instruction avait également été donnée pour «la désinfection immédiate de tous les moyens de transport public au niveau national et de wilaya, ainsi que les stations de transport de voyageurs», de même que «les rassemblements et marches, quelles que soient leur forme et leur nature, ont été interdits» avec «isolement de tout endroit suspecté d’être un foyer de la pandémie». L’autre interdiction a concerné «l’exportation de tout produit stratégique, soit-il médical ou alimentaire jusqu’à la fin de la crise, à l’effet de préserver les réserves stratégiques nationales».
Dès mardi dernier, il a été décidé de fermer les mosquées, avec maintien de l’appel à la prière, d’où la suspension des prières collectives et la prière de vendredi, et ce, «à la demande de la commission de la fatwa avec l’aval de nos éminents cheikhs et oulémas».
«La lutte et dénonciation des spéculateurs qui exploitent, sans scrupule, l’état de panique générale pour stocker les produits de base dans le but de susciter une pénurie et augmenter les prix», est une mesure applicable depuis la semaine dernière, ainsi que «la recherche et l’identification des personnes défaitistes qui s’attèlent à faire circuler des fakenews pour semer l’anarchie et maintenir le citoyen en état de panique».
Par ailleurs, l’augmentation de la capacité des hôpitaux en transformant nombre de lits en lits de réanimation, la mise en place d’un dispositif ORSEC à long terme pour éviter la réapparition de ce genre d’épidémie, ainsi que l’intensification des campagnes de sensibilisation à travers les médias, avec
implication d’éminents spécialistes et savants, sont également des mesures annoncées mardi dernier et étaient venues s’ajouter aux moyens matériels et humains mobilisés par l’Etat pour endiguer la propagation de cette pandémie inédite dans l’histoire de l’humanité.