L’Algérie célèbrera ce mardi 1er mai, comme le reste des pays du monde, la Fête internationale du travail. C’est l’occasion pour les travailleurs de faire le bilan de leurs luttes et de débattre des perspectives pour une meilleure protection de leurs droits, dont la liberté syndicale.

Cette année, cependant, ce débat coïncide avec l’offensive lancée par le gouvernement depuis quelques semaines, à travers le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, pour ainsi dire « contrôler » le champ syndical.
Une démarche critiquée et dénoncée par les syndicats autonomes, dont le nombre ne cesse d’augmenter, occupant un peu plus de terrain autrefois dominé par la seule centrale syndicale UGTA (Union générale des travailleurs algériens). Paradoxalement d’ailleurs, pendant que ces organisations autonomes naissantes sont en guerre contre le ministre du Travail, Mourad Zemali, qui s’est fait un nom en s’attaquant à tout ce qui bouge sur le terrain de l’exercice syndical, le syndicat du pouvoir, présidé par Abdelmadjid Sidi Saïd, annonce une célébration nationale avec un thème digne d’un département ministériel plus qu’à un syndicat, et c’est le moins que l’on puisse dire.

A chacun sa fête !
C’est sous le slogan «La souveraineté économique et la promotion de la production nationale», que l’UGTA va fêter le 1er mai à travers le territoire national, a-t-elle indiqué dans un communiqué. «Conscients de cet enjeu, les travailleuses et les travailleurs sont mobilisés et solidaires pour porter la promotion de l’industrie nationale, moteur de la production nationale, facteur de création d’emplois et d’amélioration du pouvoir d’achat», affirme la centrale syndicale, réitérant «fidélité» aux valeurs républicaines et à celles du mouvement syndical. L’UGTA a, bien sûr, toute la latitude de «fêter» comme l’indique ce mot, puisqu’elle n’est pas concernée par la guerre que Zemali a lancée contre les syndicats autonomes. Hier encore, le département du Travail a affirmé que 30 organisations syndicales de travailleurs sur 65 ont répondu à la demande de renseignements selon un modèle publié sur son site officiel, dans l’objectif de «prouver leur représentativité», comme le suggère cette démarche. Sur les 30 syndicats, 13 ont présenté leurs dossiers «sans respect du nouveau canevas d’information». Des syndicats désormais «non représentatifs» aux yeux des pouvoirs publics, selon les termes du communiqué du ministère.

Guerre déclarée
Le 18 avril dernier, Zemali a, lors d’une conférence de presse, déclaré : «Nous allons débarrasser la scène des syndicats hors la loi, qui ne sont pas conformes aux lois de la République.» Le message était clair. Réduire l’exercice syndical qui s’est affirmé ces dernières années comme un nouveau phénomène mobilisateur face à la démission et à l’incapacité de la classe politique à mobiliser les foules. La rupture de la confiance entre les citoyens et les politiques a laissé le champ libre aux syndicats autonomes pour émerger, d’autant que leur combat est axé sur des questions qui concernent le quotidien des Algériens (retraite anticipée, Code du travail, pouvoir d’achat, loi sanitaire, loi de finances…). Avec la liste annoncée par les services de Mourad Zemali, le gouvernement semble avoir tranché dans ce débat. Mais, les syndicats n’arrêtent pas de mettre en garde contre les risques de la démarche. «Un danger pour la liberté syndicale en Algérie», a commenté Boualem Amoura, secrétaire général du Satef. Tandis que son collègue au sein de l’Intersyndicale, le Dr Lyès Merabet, président du SNPSP, y voit «une guerre déclarée à la pluralité syndicale, à travers la modification des règles de représentativité».

Aux origines
En filigrane, il faut dire que le projet que met à exécution le gouvernement n’aurait jamais existé sans l’effervescence qu’a connue la scène nationale en 2017 et en ce début 2018. Les mouvements sociaux, grèves et actions de protestations menées par des syndicats autonomes ou des coordinations ont fait vibrer le pouvoir jusqu’au plus haut de la hiérarchie. Il n’y a qu’à se rappeler le bruit qu’a fait l’Intersyndicale autour de la loi sur la retraite à la fin de l’année dernière jusqu’à ce que le président de la République intervienne lors du vote du projet à l’APN. Ce dernier est également intervenu dernièrement dans le bras de fer entre le syndicat Cnapeste et la ministre de l’Education nationale, Nouria Benghebrit, pour annoncer des mesures qualifiées d’«historiques» pour la famille éducative. C’est dire l’importance, pour l’Exécutif, de contrôler à l’avenir ce «monstre» dont la seule arme est la pression à travers la rue et les grèves qui paralysent des secteurs entiers. L’exemple du mouvement des médecins résidents est encore là pour en apporter la preuve. Reste à savoir si la liste de Zemali contribuera à stabiliser un tant soit peu le front social ? Même s’il est prématuré d’en prédire les résultats puisqu’à maintes reprises des grèves déclarées «illégales» se sont imposées par la forte mobilisation des adhérents du syndicat initiateur.