Par Feriel Nourine
Mise à mal par le chamboulement des circuits de distribution provoqué par la guerre en Ukraine, l’Europe s’interroge sur son avenir énergétique immédiat. Y aura-t-il suffisamment de gaz cet hiver dans le Vieux Continent ? L’Europe survivra-t-elle sans le gaz russe ? Des questions qui se posent face à un scénario de pénurie qui se profile de plus en plus depuis que la Russie est passée à un nouveau stade de réduction de ses exportations de gaz vers les pays européens, notamment à travers le gazoduc Nord Stream.
Les craintes se justifient chaque jour dans un marché fortement perturbé et où les alternatives aux grosses importations de Russie s’avèrent impossibles à trouver, actuellement, pour les consommateurs de l’Union européenne. Les inquiétudes s’intensifient chez ces derniers, alors que le prix du gaz continue à pousser vers le haut.
Dans la matinée d’hier, le TTF néerlandais, la référence du gaz naturel en Europe, a affiché 230,50 euros le mégawattheure (MWh), en hausse de 4,72%. Ce qui constitue le plus haut niveau atteint par le TFT depuis six mois.
Fin juillet, Gazprom avait décidé qu’il allait diviser encore par deux ses livraisons via Nord Stream, invoquant une nouvelle opération de maintenance sur une turbine, après celle effectuée entre les 11 et 21 du même mois. Du coup, les livraisons sont passées à 20% des capacités de ce canal.
Ces nouvelles restrictions ont mis les Vingt-sept de l’UE au pied du mur et leurs ministres de l’Energie se sont réunis pour dégager un plan d’économie d’énergie, entre août 2022 et mars 2023, prévoyant des coupes de 15% par rapport à la moyenne des cinq dernières années. Lequel plan a déjà été actionné à travers une série de mesures qui ont commencé à être mises en place par les gouvernements. En Espagne, il a été décidé, entre autres, la limitation de la climatisation dans les lieux recevant du public. Depuis la semaine dernière, un décret gouvernemental limite ainsi la climatisation à 27°C dans la plupart des commerces, les établissements culturels (cinémas, théâtres) et les infrastructures de transports, comme les aéroports ou les gares. Ces lieux devront limiter le chauffage à un maximum de 19°C cet hiver.
«L’objectif de ce plan est d’économiser le gaz pour nous préparer pour cet hiver dans le cas où (le président russe Vladimir) Poutine déciderait, face aux sanctions, de couper l’approvisionnement en gaz à l’Europe», a expliqué Joan Groizard, directeur de l’Institut pour la diversification et les économies d’énergie au ministère de la Transition écologique, dans un entretien à la Télévision publique espagnole.
En Autriche, la ville s’apprête à vivre un Noël et un Nouvel an qui ne ressembleront pas à ceux des années précédentes. Connue pour ses marchés de Noël et son concert du Nouvel an, elle va renoncer cette année à illuminer le Ring, sa plus célèbre avenue, afin d’économiser de l’énergie face au renchérissement des prix. «Il n’y aura pas d’illuminations de Noël cette année sur le Ring», l’artère circulaire entourant le centre-ville de la capitale autrichienne, a indiqué une porte-parole de la municipalité, Roberta Kraft, à l’AFP. Par ailleurs, nous n’allumerons «les illuminations du marché de Noël sur la place de la Mairie qu’une fois la nuit tombée et non au crépuscule», a-t-elle ajouté. «C’est-à-dire à peu près une heure plus tard quotidiennement en moyenne».
Côté facture, l’Agence autrichienne de l’énergie avait annoncé une hausse de plus de 256% du prix de gros de l’électricité en un an en Autriche (9 millions d’habitants). Dans ce pays touristique d’Europe centrale, les festivités de fin d’année constituent un important moteur économique. Avant l’arrivée de la pandémie de coronavirus, plus de 4 millions de personnes avaient visité le marché de Noël de la place de la Mairie en 2019. En 2021, une trentaine de rues commerçantes de Vienne avaient été illuminées sept heures par jour entre le 12 novembre et début janvier.
En Allemagne, pays fortement dépendant du gaz russe, le recours au charbon ne suffit pas, souvent pour des raisons de logistique, à parer au manque en gaz causé par les restrictions russes à la première économie du continent, et dont le territoire sert de passage au Nord Stream. De plus, et à l’instar de l’ensemble des pays de l’UE, les factures de gaz sont appelées à augmenter en Allemagne. Et même si le gouvernement a promis d’amortir le choc pour les plus modestes, à partir du 1er octobre, les importateurs pourront prélever 2,4 centimes de plus par kilowattheure (KWh) de gaz auprès des entreprises et des particuliers.
Mais c’est visiblement au Royaume-Uni que le poids des factures d’électricité se fait le plus sentir. Face à des tarifs qui ne cessent d’augmenter dans ce pays, les factures impayées ont triplé sur un an pour atteindre 1,3 milliard de livre, soit un record, selon le site comparateur Uswitch. Cette dette devrait encore augmenter car les tarifs d’électricité doivent subir de nouvelles augmentations importantes dans les mois à venir, estime Uswitch dans un communiqué publié mercredi dernier. <