Le rapport annuel 2022 de la Cour des comptes a mis en avant plusieurs tares dans la gestion des cantines scolaires. De quoi donner visiblement des arguments aux organisations syndicales et aux partisans d’un nouveau mode de gestion de la restauration au sein des établissements scolaires.

PAR NAZIM BRAHIMI
Ce qui est de nature à alimenter davantage le débat quant à la pertinence de maintenir le fonctionnement en vigueur dans lequel s’enchevêtrent les rôles des collectivités locales et ceux des établissements scolaires.
Le rapport, rendu public jeudi dernier, fait état en effet d’une mise en œuvre «insuffisante» du nouveau cadre réglementaire régissant les cantines scolaires ainsi que de nombreuses contraintes comme les «dysfonctionnements» et «lacunes» dont souffrent les communes, un «manque d’infrastructures et d’équipements des cantines». Il a pointé également ce qui a été considéré comme «un processus carencé d’inscription et de réalisation des cantines scolaires en l’absence de coordinations entre les communes et les différents services sectoriels compétents».
Il est fait également état de «l’insuffisance des dotations consacrées à l’alimentation scolaire en l’absence de subventions conséquentes des collectivités locales et de contributions des parents d’élèves et des associations qui ne participent pas à la fourniture d’un repas répondant aux normes de qualité requises».
Avant de livrer ses conclusions, la Cour des comptes indique que son travail s’est intéressé aux modalités d’organisation et de fonctionnement de ces cantines, depuis leur transfert du secteur de l’éducation aux communes, en 2017, suite aux décrets exécutifs n°16-226 du 25 août 2016 fixant le statut type de l’école primaire et 18-03 du 15 janvier 2018 fixant les dispositions applicables aux cantines scolaires et à la mise en place des mécanismes de coordination institués par ces textes.
Dans le but d’atteindre les objectifs précédents, l’Etat mobilise annuellement, via la Caisse de solidarité et de garantie des collectivités locales, des dotations conséquentes au titre du financement des cantines scolaires dont le montant a atteint 26,628 milliards de DA en 2019, fait remarquer le rapport.

La commune pas adaptée
L’une des conclusions du rapport considère que la commune ne s’est pas adaptée pour assurer au mieux la restauration scolaire.
«A l’entame de l’année scolaire 2016-2017, le rôle de la commune dans l’alimentation scolaire s’est accru à la faveur de la publication, fin août 2016, du décret exécutif n°16-226 précité. L’ampleur de la mission ainsi confiée aux communes n’a pas été, cependant, accompagnée d’une adaptation de leur organisation, afin de confier la prise en charge de cette activité à un service déterminé», est-il souligné dans le rapport.
Pourtant, le décret exécutif précité a prévu un chargé des affaires de l’éducation et de l’enseignement au niveau des communes qui est membre du conseil de coordination et de concertation. De plus, les communes n’ont pas doté les écoles d’un agent chargé de gérer la cantine. Nombre de communes considèrent cette activité qui nécessite une présence et un engagement quotidien au niveau des écoles comme une tâche à laquelle elles ne se sont ni préparées ni outillées. Le rapport conclut également à l’absence d’un service communal dédié à la supervision des établissements scolaires et des cantines alors que d’autres cantines ne sont dotées ni de gestionnaires ni de personnels qualifiés ou formés.
Autrement dit, les communes n’ont pas doté les cantines de gestionnaires en charge notamment de l’approvisionnement, de la préparation, de la distribution, de l’acheminement des repas, du gardiennage, de l’entretien et de la maintenance des locaux, ainsi que du transport des élèves bénéficiaires vers les cantines scolaires centrales. Dans d’autres, des cantines équipées ont été contraintes de servir des repas froids ou des collations, comme le cas de la commune de Khemis El Khechna, à Boumerdès. Certains directeurs d’école rencontrés lors du contrôle des cantines, situées dans les communes de Khemis El Khechna, Boudouaou (Boumerdès), Belaiba (M’Sila), ont exprimé un «refus catégorique» de gérer les cantines (réception des denrées, tenue des registres de comptabilité, etc.) en l’absence d’un gestionnaire régulièrement nommé par la commune.
C’est le cas aussi des écoles de la commune d’El Bouni dans la wilaya d’Annaba. Ces responsables estiment que leur rôle se limite à s’assurer de l’exécution du menu hebdomadaire et à veiller au respect des règles de l’éducation sanitaire et alimentaire et l’accompagnement des élèves pendant la durée de la restauration par le personnel enseignant. Il n’en demeure pas moins que la réception des denrées alimentaires, la préparation et l’acheminement des repas continuent d’être supervisés par les directeurs d’école en coordination avec les communes dans de nombreuses autres cantines, conclut le rapport qui sonne plus que jamais l’urgence de revoir la gestion des cantines scolaires.