Déjà sensiblement réduit ces dernières années, le nombre de visas délivrés par la France à certains pays risque de baisser encore davantage. C’est, en tous les cas, ce qui ressort de la sortie, hier, du Secrétaire d’Etat français aux Affaires européennes, Clément Beaune. Ce dernier a affirmé que son pays envisageait une réduction «ciblée» du nombre de visas attribués aux pays qui rechignent à reprendre leurs ressortissants en situation irrégulière, notamment ceux soupçonnés de radicalisation.
«Il faut dire à ces pays qu’ils doivent reprendre les personnes qui sont identifiées comme leurs ressortissants», a-t-il déclaré dans l’émission «Le Grand Rendez-vous» sur la radio française Europe 1.
«Nous avons des leviers pour le faire, par exemple les visas (…) en ciblant des responsables politiques, des responsables économiques. Oui, c’est un des leviers que le président de la République, que le ministre de l’Intérieur envisagent», a-t-il ajouté.
Message sans doute destiné à la consommation locale, loin du cadre officiel dans lequel s’est exprimé Gérald Darmanin lors de son déplacement récent à Alger, mais qui risque par son côté intempestif de heurter les pays maghrébins, les déclarations plutôt soft du Secrétaire d’Etat français aux Affaires européennes laissent transparaître une partie de la démarche de son pays à faire accepter sa liste de ressortissants soupçonnés de radicalisation qu’il souhaite expulser vers leurs pays d’origine. Un dossier qui mobilise davantage les autorités françaises ces derniers jours en raison de son caractère politiquement sensible, suite notamment aux attentats terroristes perpétrés en France dont la tuerie commise à Nice fin octobre dernier par un migrant Tunisien de 21 ans.
C’est d’ailleurs à cette liste qu’a été consacré, pour rappel, l’essentiel de la visite effectuée en Tunisie et en Algérie par le ministre français de l’Intérieur Gérard Darmanin, la fin de semaine dernière, dans la cadre d’une tournée qu’il avait entamée par la capitale italienne Rome.
Contrairement aux déclarations du Secrétaire d’Etat français aux Affaires européennes, M. Darmanin lors de sa visite en Algérie avait affiché sa satisfaction à l’issue de ses entretiens avec le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire, Kamel Beldjoud. Une satisfaction partagée par M. Beldjoud en matière de coopération «continue» entre les deux pays dans la lutte antiterroriste. «Je suis venu redire au ministre de l’Intérieur (algérien) la parfaite collaboration de la France sur tous les sujets qui concernent nos deux ministères», avait, en effet, indiqué à la presse le ministre français de l’Intérieur.
Au premier jour de sa tournée, Gérald Darmanin avait rappelé, à partir de Rome, que «dans les 30 derniers terroristes qui ont frappé le sol français, 22 étaient Français, huit seulement étaient étrangers», estimant que le «danger» était «aussi et manifestement surtout endogène».
Cette visite en Italie, en Tunisie et en Algérie fait suite à celle effectuée au Maroc, en octobre dernier, alors que les départs clandestins depuis le Maghreb sont en hausse. «Parmi les 231 étrangers en situation irrégulière en France et suivis pour radicalisation, 70% viennent du Maghreb et de Russie», avait ajouté le ministre français de l’Intérieur.
Avant-hier samedi, le même responsable est revenu sur cette visite, apportant un peu plus de détails sur ses rencontres avec son homologue algérien et le ministre des Affaires étrangères Sabri Boukadoum dans un entretien accordé au Le Parisien.
«Ils m’ont clairement affirmé que les nationaux qui relevaient de leur responsabilité seraient repris à la condition que ce soit bien leurs nationaux, ce qu’on peut tout à fait comprendre», a-t-il fait savoir.
«D’ailleurs, à la suite de mes différents déplacements, il y a déjà eu un certain nombre d’expulsions…», a-t-il souligné, sans donner de détails sur le(s) pays qui auraient accueillis leurs ressortissants expulsés. n