La semaine qui s’achève a été incontestablement marquée par une agitation particulière, provoquée par la condamnation du militant politique Karim Tabbou et toutes les interrogations suscitées, sur fond d’indignation citoyenne, par les conditions dans lesquelles s’est déroulé son procès en appel.

Les «répliques» enregistrées après l’annonce du verdict ont en effet provoqué un grand malaise au sein de l’appareil judiciaire à tel point que le verdict dans l’affaire dite du montage automobile et du financement occulte de la campagne électorale pour un 5e mandat de l’ex-Président et impliquant notamment Abdelmalek Sellal et Ahmed Ouyahia, est passé quasiment en catimini.
Un malaise où des organes publics, à l’image du Conseil national des droits de l’homme (CNDH) ont tenté de voler au secours d’un procès
désapprouvé unanimement, alors que l’Union nationale des ordres des avocats (UNOA) a pointé du doigt des «irrégularités» dans le déroulement dudit procès.
Mais plus que l’appréciation clivante qu’ont pu établir les différentes parties sur ce procès, qui continue à faire parler de lui, le malaise au
sein de l’appareil judiciaire prend toute sa signification à travers ce qui semble être une rupture
de confiance entre les avocats et le corps des magistrats.
Cette rupture a été signée par l’Ordre des avocats d’Alger qui a décidé de suspendre la coordination entre lui et toutes les parties judicaires et instances administratives.
Dans le sillage, le même Ordre invite l’Union nationale des ordres des avocats à lui emboiter le pas en suggérant «un boycott général de l’activité judiciaire sur tout le territoire national».
Une alerte de rupture qui vient après la série de déclarations et de contre-déclarations ayant accompagné le procès de Karim Tabbou qui a vu le Parquet général près la Cour d’Alger écarter l’atteinte de l’accusé d’un AVC (accident vasculaire cérébral).
Le démenti du Parquet a trouvé en le CNDH un appui de taille dans le sens où l’organe, présidé par Bouzid Lazhari, a justifié le non-report du procès en appel.
Pour le CNDH, le report du procès par la Cour d’Alger «relève légalement du ressort exclusif de cette juridiction», estimant qu’il n’existe pas sur le plan international une loi qui oblige la justice à approuver les demandes de report de toutes les parties en cause.

La plaidoirie du CNDH a été cependant battue
en brèche par la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’Homme (LADDH) qui s’est dit «étonnée de l’immixtion rapide du CNDH dans cette affaire».
La LADDH regrette que ce CNDH s’appuie uniquement et exclusivement sur les déclarations de l’administration, relevant que c’est «en contradiction avec les Principes de Paris, relatifs à l’indépendance des institutions nationales des droits de l’Homme, qui stipulent la neutralité et l’indépendance».
Dénonçant également la programmation dudit procès en appel avant même la préparation du jugement qui était l’objet de l’appel, la Ligue présidée par Nourredine Benissad relève que cette mesure ne respecte pas les instructions du ministère de la Justice concernant les mesures de protection et de prévention contre le Coronavirus publiées le 16 mars.
La LADDH craint ainsi que ce qu’elle qualifie de «violations» marquent une rupture avec les garanties nationales qui protègent les droits de l’homme, ouvrant ainsi la voie à «une série de nouvelles violations qui consacrent la politique de l’impunité».
Une appréhension d’autant plus légitime que sont enregistrées dans le sillage de nouvelles mises en détention dont celle décidée contre le journaliste Khaled contre lequel avait été pourtant prononcée une mise sous contrôle judiciaire.
Sans oublier bien entendu la série de convocations d’autres militants au moment où le pays vit le confinement. En tout état de cause, ce qui s’est passé dans et autour du procès Tabbou met davantage de crispation dans l’air au moment où l’action publique est au confinement sous la menace du coronavirus. Une évolution qui ajoute un surcroît de méfiance à l’égard de la justice et de pression sur l’action du gouvernement attendu sur plus d’un front.<