Il y a cent ans, la Pologne recouvrait son indépendance et s’affranchissait des partages entre les empires russe, allemand et austro-hongrois qui avaient duré cent trois ans. Un centenaire que fêtait, hier, le pays dans une ambiance de clivages politiques, d’isolement à l’international et de querelles autour d’une marche que devait organiser, l’après-midi, l’extrême droite dans la capitale, avant que cette initiative ne soit reprise in-extrémis par l’Etat, suite à un compromis trouvé vendredi soir.

L’isolement de la Pologne était encore plus perceptible ce dimanche 11 novembre à travers l’absence aux festivités de représentants étrangers, ces derniers ayant opté pour Paris, où était commémoré en grande pompe l’Armistice. Seule personnalité politique présente hier à Varsovie, le chef du Conseil européen, le Polonais Donald Tusk. Ce dernier n’a pas manqué l’occasion pour appeler les Polonais à dépasser leurs « trop fortes » querelles, faisant allusion à la polémique acerbe qui oppose les conservateurs au pouvoir à l’opposition centriste – et à la Commission européenne – à propos des réformes judiciaires controversées.
« Je sais qu’au quotidien, nous nous disputons entre nous à propos de la forme de la République, de l’avenir de notre Etat, et je sais que parfois (nous nous disputons) trop fort.
Pologne, pardonne-nous», a lancé
M. Tusk, après avoir fleuri le monument au maréchal Jozef Pilsudski, père de l’Indépendance polonaise en 1918.
Acclamé par un bon millier de sympathisants, dont plusieurs anciens ministres libéraux et le nouveau maire de Varsovie Rafal Trzaskowski, il a ajouté que l’amour des Polonais pour leur patrie était « bien plus fort » que leurs querelles. Donald Tusk s’est par ailleurs adressé au président américain Donald Trump, en lui reprochant d’être contre « une Europe unie et forte ». Dans un discours prononcé à Lodz, en Pologne, l’ancien Premier ministre polonais a estimé que « pour la première fois dans l’histoire, nous avons une administration américaine qui n’est pas enthousiaste, et c’est peu dire, à l’égard d’une Europe unie et forte ». Il a reproché au Président américain d’avoir, il y a six mois, au sommet du G7 au Canada, « supprimé, pratiquement de sa main, la phrase qui se trouvait toujours dans les déclarations des sept puissances occidentales, selon laquelle nous voulons respecter l’ordre basé sur les principes et les valeurs ». Préalablement à ce discours,
M. Tusk avait précisé, dans une interview publiée samedi par le quotidien polonais «Gazeta Wyborcza», que M. Trump souhaite un monde où il y aura «nous, les Etats-Unis, d’un côté, et de l’autre, les différents autres pays dispersés». Les dirigeants polonais n’ont pas été non plus épargnés par les critiques de Donald Tusk, qui a remis en cause la position de ces derniers vis-à- vis de l’Europe, sans les dénoncer nommément. «Ceux qui sont opposés à une présence forte de la Pologne dans l’Europe, agissent de facto contre notre indépendance », a-t-il dit.
Actuellement, le parti au pouvoir en Pologne, Droit et Justice (PIS), mène une politique sociale qui lui vaut le soutien d’un Polonais sur trois, mais opère des réformes de la justice perçues par l’opposition libérale et par la Commission européenne comme une menace pour l’Etat de droit et la démocratie. Tout en affirmant son attachement à l’Union européenne, le PIS adopte des positions qui donnent des arguments à ceux qui l’accusent de conduire le pays, volontairement ou non, vers un Polexit. A l’exemple de M. Tusk, considéré comme un candidat possible à la présidentielle polonaise de 2020, qui a évoqué récemment un « risque mortellement sérieux » de sortie du pays de l’UE.