En décrétant que les syndicats de l’Education les plus en vue ne sont pas conformes aux exigences de la représentativité, le ministère du Travail a jeté un pavé dans la mare qui risque bien de voir se durcir un champ syndical déjà bouillonnant.

Les syndicats autonomes de l’Education engagés dans un bras de fer durable et intenable avec les pouvoirs publics sont de fait frappés d’illégalité et leurs actions de facto estampillées hors-la-loi. Au moment où était attendue une plus grande ouverture envers ces mouvements des travailleurs qui tentent de s’organiser avec les moyens du bord, souvent il est vrai de façon gauche, s’abat sur eux une prescription qui les exclu carrément du champ d’action dans lequel ils activent pour défendre leurs droits. A la veille d’un 1er Mai, fête des travailleurs, qui intervient dans une conjoncture sociale pour le moins tendue, cette posture à l’accent radical est loin d’arriver au bon moment. Elle pourrait même constituer une énième source de tension, voire de dérives. Ainsi à suivre la logique de ce « filtre » à la consonance toute politique, tout mouvement de protestation ne sera plus possible dans le secteur de l’éducation nationale faute de syndicat légalement représentatif. L’autorité enjoint aux organisations syndicales qui demandent un agrément à faire parvenir les informations sur les éléments permettant « d’apprécier » la représentativité de leur organisation syndicale. Ce qui suscite pour le moins moult interrogations : qui pourrait et selon quels critères faudrait-il jauger de la représentativité d’un mouvement syndicale avant de le reconnaître ? N’y a-t-il pas risque d’entrave à la diversité syndical garantie par la loi ? Cette procédure complexe et ces formalités qui tendent à l’exclusion risquent bien d’être un frein à l’activité syndicale. Un signe qui pourrait être compris comme un recul par rapport aux acquis des syndicats arrachés à coups de lutte sur le terrain. Une entrave à un droit garanti dans tout système qui tend vers la démocratie.