Les organisations estudiantines ayant participé à une réunion périodique avec le ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique (MESRS) mardi dernier se sont montrées unanimes à considérer que « c’est la première fois où Tahar Hadjar, ministre de tutelle, durcit le ton à l’égard des organisations estudiantines».

Il a menacé de dissoudre toute organisation estudiantine qui procéderait à des actions de protestation menant à la fermeture des universités et dont les revendications dépasseraient le cadre pédagogique, sans doute en allusion à une organisation estudiantine dont les membres ont fermé la Direction des œuvres universitaires à Alger suite au limogeage du directeur d’une résidence universitaire. « M. Hadjar a menacé de prendre des mesures juridiques contre toute organisation qui recoure à la grève. Nous, en tant qu’organisation estudiantine, on refuse catégoriquement tout discours menaçant », a réagi Salah Eddine Douadji, secrétaire général de l’Union générale des étudiants algériens (Ugel). Pour lui, l’Ugel ne fait pas l’apologie de la grève, toutefois, il tient à rappeler que la grève est « un acquis garanti par la loi, notamment lorsqu’elle est véhiculée par des revendications légitimes », a-t-il ajouté.
M. Douadji explique que le ministre a visé, par ses propos, une organisation estudiantine précise : le Mouvement national des étudiants algériens (MNEA).
Contacté par nos soins, le représentant de ladite organisation Lyes Belagoune a formellement démenti que son organisation ait protesté en signe de solidarité avec le directeur limogé : « Nous avons exprimé notre ras-le-bol quant aux mauvaises prestations de la direction des œuvres universitaires d’Alger », a-t-il fait savoir. « Imaginez que le réfectoire dans la résidence universitaire Abderrahmane Taleb III est fermé depuis quatre mois […] Nous avons même expliqué au ministre que nous n’avons aucune intention de nous ingérer dans les décisions du ministère», a précisé M. Belagoune. Concernant les reproches de M. Hadjar aux organisations estudiantines de manquer à leur rôle de sensibilisation, le représentant de l’Organisation nationale des étudiants algériens (Onet) Mustapha Madi explique que l’Onet aborde « toutes les questions pédagogiques avec les recteurs des universités ».
Dans ce contexte, il a fait savoir que l’organisation qu’il représente a demandé à M. Hadjar à ce qu’il ordonne aux recteurs de recevoir les étudiants lors d’un rendez-vous mensuel pour qu’ils sachent ce qui se passe dans l’enceinte universitaire.
Quant à M. Belagoune, il argue que son organisation défend « des revendications pédagogiques et essaye de contenir les mouvements de protestation dont les principales revendications dépassent les prérogatives du MESRS ». A ses yeux, « 70 % des revendications des étudiants en pharmacie et chirurgie dentaire sont socioprofessionnelles et n’ont aucun lien avec le MESRS mais avec la fonction publique et le ministère du Travail».