Synthèse de INES DALI
Le Haut-commissariat à l’amazighité (HCA) a saisi les autorités et responsables ayant des prérogatives de saisir la Cour constitutionnelle, dont le Conseil de la nation, l’Assemblée populaire nationale (APN) et le Premier ministère, pour lever les entraves sur la généralisation non facultative de la langue amazigh.
Le HCA plaide pour «la révision de la loi d’orientation sur l’Education nationale dans ses articles traitant l’enseignement de tamazight à titre facultatif», a affirmé, hier à Igli (wilaya de Béni Abbès), Si El-Hachemi Assad, secrétaire général du HCA. Pour y remédier et trouver des solutions adéquates, le HCA a préconisé la mise sur pied d’un groupe de travail, qui doit plancher sur certains des articles de la loi 08/04 du 23 janvier 2008 d’orientation sur l’Education nationale, qui stipule que l’enseignement de tamazight est facultatif, a-t-il ajouté.
Ces doléances de de Si El-Hachemi Assad ne sont pas nouvelles. Il a toujours déploré le fait que l’enseignement de tamazight soit facultatif et affirmé poursuivre l’objectif de voir se généraliser l’enseignement de cette langue à l’ensemble des wilayas du pays. Et pour un enseignement de qualité, il a préconisé la création d’une commission conjointe entre le HCA et le ministère de l’Education nationale pour la prise en charge de certains problèmes pédagogiques rencontrés dans l’enseignement de tamazight au niveau des établissements scolaires.
Arguments à l’appui, Si El Hachemi Assad a mis en exergue certaines incohérences, affirmant que c’est «suivant le préambule et l’article 4 de la Constitution qui consacre tamazight en tant que langue nationale et officielle, et considérant l’existence de déséquilibres fondamentaux dans la même loi d’orientation scolaire, que le HCA a saisi les autorités et responsables ayant des prérogatives de saisir la Cour constitutionnelle». Il a cité, dans ce sens, les présidents du Conseil de la nation et de l’APN et le Premier ministre. Le HCA a signalé «l’inconstitutionnalité de certains articles de cette loi, en application du paragraphe 2 de l’article 192 de la Constitution», a-t-il précisé, en marge du lancement officiel de l’enseignement de tamazight dans les établissements scolaires de la wilaya de Béni Abbès. Le HCA a également remis des exemplaires du mémorandum sur le cadrage politique et méthodologique de «l’enseignement et l’apprentissage de tamazight Horizons 2038» (tant en arabe qu’en langues étrangères), dans lequel ont été examinés toutes les données et éléments institutionnels pour une évaluation quantitative et qualitative de l’enseignement de la langue amazighe en Algérie, avec une vision prospective claire tendant à la généralisation progressive de l’enseignement de tamazight à l’horizon 2038, a-t-il expliqué.
Les déclarations de Si El Hachemi Assad sont intervenues au lendemain d’une rencontre de deux jours sur l’enseignement de la langue amazighe, dans la même wilaya, portant sur le thème «Les éléments institutionnels d’un bilan quantitatif et qualitatif de l’enseignement de tamazight en Algérie». Une rencontre au cours de laquelle les participants ont appelé au «renforcement de l’enseignement de cette langue nationale et sa généralisation au titre d’un processus de normalisation pédagogique». Lors de la journée d’hier, des communications et des conférences ont été données sur le thème «L’école et les médias, socles garantissant la pérennisation et le développement de la langue maternelle».
L’ensemble des participants ont mis en avant que «la fédération des efforts de tout un chacun est un impératif à la promotion de l’enseignement de la langue amazigh, qui est une richesse linguistique et culturelle nationale».
Par ailleurs, le secrétaire général du HCA a assisté au coup d’envoi officiel de l’enseignement de la langue amazighe dans la wilaya de Béni Abbès, au niveau de l’école «Bayazid Ahmed» à Igli, en présence autorités de cette daïra et des responsables du secteur de l’Education nationale de la wilaya. Ce lancement a été favorablement accueilli par les enseignants et les parents d’élèves présents à la cérémonie. «Deux groupes totalisant 100 élèves sont inscrits pour l’apprentissage de cette langue au niveau de l’école susmentionnée pour l’année scolaire 2021-2022, grâce à trois enseignants formés dans ce sens», a déclaré le directeur local du secteur de l’Education nationale, Ali Korzi, assurant que cette première expérience sera généralisée à travers les écoles primaires des dairas de Béni Abbès et de Tabelbella.