Encadrement en nombre insuffisant et en manque de formation conforme aux besoins. Désamour des élèves face à une matière mal enseignée. Tel est le constat établi par le ministre de l’Education nationale dont le secteur semble être à la recherche de la bonne formule pour réhabiliter une discipline fondamentale, mais menacée de perte. Dure épreuve.

Par Feriel Nourine
L’enseignement des mathématiques en Algérie est dispensé dans des conditions pédagogiques qui entravent son épanouissement. Ce constat est établi régulièrement par les spécialistes en la matière qui contestent la méthode qui sert à enseigner cette science dans le pays. Un état de fait même que le ministre de l’Education nationale ne conteste d’ailleurs pas. Bien au contraire, Mohamed Ouadjaout inscrit son appréciation dans la même logique de remise en cause et relève que les maths pâtissent d’un encadrement spécialisé loin de remplir sa mission en adéquation avec les besoins du secteur.
«Les maths se sont vus consacrer, à tous les niveaux d’enseignement, un volume horaire approprié avec un encadrement pédagogique estimé à 25 033 professeurs au cycle d’enseignement moyen (CEM) et à 12 621 au niveau de l’enseignement secondaire», relève, à ce propos, M. Adjaout, regrettant, cependant qu’«il existe un manque d’encadrement spécialisé en maths, qui ne répond plus aux besoins du secteur».
Le ministre a précisé que le taux des diplômés des écoles supérieures des enseignants demeure «faible» et équivaut à 5,52% pour les CEM et 16,25% pour les lycées. Quant à l’intérêt que portent les élèves aux maths et maths technique, il est également «faible», déduit-il en s’appuyant sur les statistiques de son secteur qui donnent seulement 2,6% d’inscrits dans les lycées pour la première et 10% pour la seconde. Un taux qui rappelle la situation dans laquelle évolue aujourd’hui le lycée spécialisé dans l’enseignement des mathématiques, à Alger (Kouba) Alger. Créé il y a quelques années, cet établissement n’attire pas grand-monde. Ce qui n’empêche pas pour autant le ministère de tutelle de s’affairer à créer d’autres structures du genre, en coordination avec le ministère de l’Enseignement, selon les déclarations à ce sujet de M. Ouadjaout.
Qu’en sera-t-il alors pour des écoles de mathématiques et de l’intelligence artificielle, dont la réalisation a reçu l’approbation du Président de la République, Abdelmadjid Tebboune ? Leur ouverture aux étudiants se fera dès la prochaine rentrée universitaire, selon l’annonce faite, il y a à peine une semaine, par le Directeur général de l’enseignement et de la formation au ministère de l’Enseignement supérieur.
En attendant cette échéance, énormément de travail est à faire pour hisser les maths à hauteur de leur dimension actuelle dans une société en plein essor technologique. En effet, la lecture analytique des statistiques fait «ressortir l’ampleur des défis à relever pour promouvoir cette matière, désormais une nécessité urgente au regard des évolutions que connaissent les domaines des technologies modernes dans nos sociétés contemporaines», soutient M. Ouadjaout. En ce sens, il dira que son secteur avait élaboré une stratégie pour promouvoir l’enseignement des maths et encourager les élèves à choisir leurs branches, notamment à travers la mise en exergue pour les élèves l’importance intellectuelle et méthodologique de cette matière en organisant des concours entre élèves dans les établissements d’enseignement mais aussi l’activation de clubs scientifiques et l’encouragement de la création de clubs de maths qui doivent offrir un environnement favorable pour la découverte et l’épanouissement des talents. «En vue d’encourager les élèves à choisir les maths et maths techniques, le ministère de l’Education nationale réfléchit à une reconsidération de la manière d’orienter les élèves vers ces deux branches, en donnant la priorité dans l’orientation aux bacheliers des deux branches dans les spécialités universitaires en coordination avec le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, ce qui peut élever le choix volontaire des élèves de ces deux branches dans l’enseignement secondaire», a expliqué le ministre.
Pour sa part, le président de la Société de mathématiques d’Algérie (SMA), Rachid Bebbouchi, a une vision du développement de l’enseignement des mathématiques qui privilégie la mobilisation des moyens financiers «exceptionnels» et la mise en place de mesures incitatives en direction des élèves. «Le développement de l’enseignement des mathématiques passe par la mobilisation des moyens financiers exceptionnels et la mise en place de mesures incitatives en direction de l’apprenant, dont une bourse conséquente pour les étudiants en maths», avait-t-il déclaré l’année dernière.
«Aujourd’hui, l’enseignement de cette discipline se fait encore sous une forme un peu archaïque qui se limite à appliquer des théorèmes. On n’étudie plus, par exemple, la géométrie dans l’espace qui est extrêmement intéressante et incite l’élève à réfléchir pour résoudre un problème sur une figure donnée. J’assimile les maths d’aujourd’hui à la cuisine qui applique des recettes. Les mathématiques doivent devenir innées chez les gens», avait relevé le spécialiste en histoire des mathématiques et chercheur en mathématiques, auteur, entre autres, d’une dizaine d’ouvrages, dont des livres scolaires pour les élèves et des guides pour les maîtres d’école. n