Le colloque sur tamazight, qui se tiendra vers la fin du mois de novembre, dépasse de loin la simple réflexion didactique appliquée à l’enseignement de tamazight. Au-delà, les spécialistes qui se réuniront à l’université Mouloud-Mameri de Tizi Ouzou (Ummto)

, à l’initiative du Centre national pédagogique et linguistique pour l’enseignement de tamazight (Cnplet), devront trouver des réponses aux problèmes que posent certaines spécificités linguistiques et socioculturelles à la société algérienne, du genre de celles qu’il nous a été données à vivre il y a quelque temps, et dont les médias en ont fait écho sur fond d’une guéguerre linguistique. «Vers une didactique des langues maternelles : quel impact sur l’enseignement de tamazight et sa promotion ? Quel est le rôle du numérique pour favoriser sa diffusion ?», est le thème de ce colloque qui se tiendra les 28 et 29 novembre à l’Ummto, à l’initiative du Cnplet, relevant du ministère de l’Education nationale, en partenariat avec le Laboratoire Paragraphe (Université Paris 8 et Cergy-Pontoise) et l’université Mouloud-Mammeri de Tizi-Ouzou. Cette rencontre, la onzième du genre qu’organise le Cnplet, donnera l’occasion à des spécialistes des sciences du langage, issus des universités algériennes et étrangères, de s’interroger sur les stratégies didactiques et méthodologiques les plus judicieuses à mobiliser pour l’enseignement de tamazight. Une approche qui tiendra compte de l’expérience dans le domaine de l’enseignement de cette langue et de la complexité liée à ses variantes, c’est-à-dire à sa réalité géolectale.

La lecture de la problématique pose d’emblée le préalable de sa normalisation, d’où il ressort  que l’enseignement de tamazight est un terrain  miné par une réalité sociolinguistique qui nécessite des adaptations  méthodologiques sous peine de susciter  la controverse. «Son statut (celui de tamazight) de langue nationale et officielle aussi bien que l’évolution des attitudes sociales, n’est pas sans incidence sur sa didactique. Plus que jamais, tamazight se retrouve face à des défis stratégiques, d’abord, celui de la diversité des langues maternelles selon les régions, ensuite, celui des attentes et des besoins des sujets parlants vis-à-vis de leur langue première, tant ils sont attachés à leur spécificité géolectale et culturelle», écrivent les initiateurs de ce colloque. «Ces rappels à l’ordre de la réalité socioculturelle nous engagent à reconsidérer le curriculum de formation des licenciés formateurs, futurs enseignants et cadres administratifs. En effet, le décalage entre les attentes spécifiques des apprenants et les maîtres se creuse de jour en jour car peu adapté à la réalité du terrain pédagogique. 
La non-prise en charge de l’enseignement des variétés de tamazight, autres que le kabyle, du fait que les lieux de formation sont en Kabylie et que les formateurs sont en majorité kabylophones, imprime à l’encadrement éducatif certaines habitudes et influe sur la connaissance scientifique et pédagogique des autres variétés autant que sur les attitudes sociales des locuteurs des autres variétés à l’égard de cet enseignement.»  A ces préalables, s’ajoutent d’autres contraintes liées à l’environnement socioculturel et à l’histoire, le pluralisme linguistique, entre autres, qui compliquent  la tâche  aussi bien pour le chercheur que pour l’institution, du fait  que l’enseignement de tamazight fait face à  «des problèmes de fixation d’une/des norme(s), de didactique et de modalité de prise en charge de l’arrière-plan culturel de chaque variété géolectale. De plus, il lui faudra trouver les meilleures voies pour prendre en considération cette autre langue maternelle, l’arabe algérien, actuellement majoritaire, qui coexiste avec tamazight depuis plusieurs siècles. Aussi, enseigner tamazight à des non natifs constitue un autre défi didactique exigeant le recours à une pédagogie différentielle», écrivent encore les initiateurs de ce colloque qui posent un autre préalable qui nous met directement en face d’une réalité brûlante et d’actualité : l’enseignement de tamazight à des apprenants  non amazighophones. «La langue première des apprenants non amazighophones devra être prise en charge par une didactique de l’apprentissage spécifique qu’il s’agit de bien penser», prévient-on, non sans soulever cette question : «L’alternance des langues en situation d’apprentissage peut-elle être l’une parmi d’autres alternatives à l’enseignement de tamazight pour des non natifs ?»