Plus de quinze jours après que des lycéens de la région de Kabylie aient initié une action de débrayage des cours de langue arabe, pour exiger la généralisation de l’enseignement de la langue tamazight sur l’ensemble du territoire national, Nouria Benghebrit, ministre de l’Education nationale, a décidé de rompre le silence en dévoilant, la veille du 1er Novembre, un communiqué dans lequel elle réitère son engagement ainsi que celui des autorités à promouvoir mais aussi à renforcer la place de la langue tamazight, déclarée langue officielle depuis trois ans.

En effet, alors qu’en Kabylie le boycott des cours pour dénoncer le caractère «optionnel» de l’enseignement de tamazight dans certaines régions du pays prend de jour en jour de l’ampleur, la ministre de l’Education nationale rompt le silence pour souligner clairement les engagements de son ministère et ceux de l’Etat face à la langue tamazight. « Le ministère de l’Education nationale rassure toute la communauté éducative : le socle législatif de la langue tamazight est assuré aujourd’hui au niveau le plus haut de nos textes : la Constitution. La constitutionnalisation, par le président de la République, de tamazight en tant que langue nationale et officielle est un acquis national », rapporte le communiqué.
Dans ce sens, Nouria Benghebrit est revenue sur l’ensemble des actions entreprises par son département pour servir cette langue. « Le ministère de l’Education s’attèle à faire de tamazight une langue à part entière du paysage éducatif national. Le secteur de l’Education nationale a fait des efforts importants et continus pour la promotion de l’enseignement de tamazight. Et depuis 2014, l’enseignement de tamazight connaît une dynamique soutenue pour sa généralisation et son élargissement, comme cela est clairement stipulé dans la circulaire-cadre de cette année scolaire (action 30, amélioration des apprentissages-axe de la pédagogie) », indique le même document. Dans ce sillage, la ministre a fait savoir que l’enseignement de la langue tamazight est passé de 11 wilayas, en 2014, à 43 wilayas cette année. Elle n’a pas manqué aussi de rappeler l’élaboration, par son département, de manuels de tamazight en caractères arabes, tifinagh et latins ainsi que d’anthologies littéraires scolaires de tamazight. Elle a également fait savoir que l’ensemble des demandes d’ouverture de classe de tamazight ont été satisfaites. Dans cette optique, la ministre a promis de faire de « l’extension sur le plan territorial et la maîtrise pédagogique de l’enseignement de tamazight une priorité », peut-on lire sur le même document. Aussi, pour aider la langue tamazight à retrouver ses lettres de noblesse, la ministre a mis l’accent sur la nécessité de former les enseignants.
« Le temps est aujourd’hui au travail pédagogique sur le terrain. Il faut assurer la continuité dans l’encadrement des enseignants par une formation de qualité pour faire que, sur le terrain, cette langue dans sa diversité prenne la place qui lui revient, c’est-à-dire officielle et nationale ». Sur ce, Nouria Benghebrit n’a pas omis de mettre en garde ceux qui tentent de récupérer l’action initiée par les lycéens pour en faire un bras de fer de langue arabe contre langue tamazight. « Aucun n’a intérêt à instrumentaliser l’école ou à surpolitiser la question des langues », a écrit la ministre.
Pour ce qui est de la question de l’Académie de langue tamazight, dont l’ouverture a été annoncée par le Premier ministre Ahmed Ouyahia pour la fin de l’année en cours, la ministre a indiqué que sa création « couronne la volonté politique suprême en Algérie, qui a fait de la promotion de tamazight une mission nationale, étant un bien commun de tous les Algériens». La ministre a conclu son communiqué en appelant les enseignants à rattraper les heures de cours non dispensés au sein des établissements ayant connu des perturbations à cause de la grève.