L’université Mouloud-Mammeri de Tizi-Ouzou (Ummto) abrite à partir d’aujourd’hui un colloque international sur les didactiques de l’enseignement des langues maternelles appliquées à tamazight.

Pour sa onzième édition, le colloque, organisé par le Centre national pédagogique et linguistique pour l’enseignement de tamazight (CNPLET), en collaboration avec le Laboratoire Paragraphe (Université Paris 8 et Cergy-Pontoise), a ciblé la thématique d’une « didactique des langues maternelles : quels impacts sur l’enseignement de tamazight et sa promotion ? Quel est le rôle du numérique pour favoriser sa diffusion ? ». Cette manifestation scientifique va réunir des chercheurs-spécialistes des sciences du langage qui vont aborder des thématiques liées principalement à la réalité de l’enseignement de tamazight en Algérie.
Les organisateurs du colloque s’interrogent en effet sur la nature de la démarche à suivre afin de prendre en compte le pluralisme linguistique intra et interdialectal de tamazight comme l’arabe algérien (dialecte). Ils s’interrogent également sur l’apport des TIC pour le développement de la langue amazighe en analysant, d’une part, sa présence sur le Web et les réseaux sociaux et, d’autre part, l’importance du numérique pour sauvegarder et diffuser une langue pour lui permettre d’être au diapason du développement technologique.
Les organisateurs considèrent aujourd’hui que «tamazight se retrouve face à des défis stratégiques que la problématique du colloque résume dans la diversité des langues maternelles selon les régions ainsi que les attentes et besoins des sujets parlant vis-à-vis de leur langue première», écrivent-ils dans un communiqué rendu public. Ils rappellent que la réalité socioculturelle engage à « reconsidérer le curriculum de formation des licenciés formateurs, futurs enseignants et cadres administratifs », car, les difficultés auxquelles tamazight fait face, notamment dans l’enseignement de ses langues maternelles, sont nombreuses.
La prise en charge de l’enseignement des langues maternelles et l’incidence de son statut de langue nationale et officielle sur les méthodes de son enseignement sont toujours d’actualité. Certes, tamazight a réalisé des avancées et progrès remarquables, à l’instar de sa consécration langue officielle dans la Constitution de 2016, ainsi que l’inscription de Yennayer, Nouvel An berbère, dans le calendrier des fêtes nationales, ainsi que la progression du processus de la généralisation de l’enseignement de tamazight, mais il s’agit, pour beaucoup, d’avancées symboliques et non concrètes sur le terrain.
Un ensemble de réformes qui ne donnent pas à tamazight la place qui lui revient dans la société algérienne notamment du point de vue linguistique car c’est une langue avec une «norme déficiente» et son « enseignement rencontre des problèmes de fixation de didactique et de modalité de prise en charge de l’arrière-plan culturel de chaque variété géolecte».
Dans ce sens, les organisateurs du colloque s’interrogent sur l’avancée ou non des méthodes les plus judicieuses à son enseignement et à sa normalisation suite à l’introduction de tamazight dans les établissements scolaires depuis 1995.n