Moins d’une semaine après l’annonce du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, qu’il avait donné des instructions à l’Inspection générale de la Présidence de la République pour enquêter sur les raisons de «la pénurie de certains médicaments qui ne devrait pas exister», il est constaté sur le terrain que les enquêteurs de la Présidence sont déjà à pied d’œuvre au niveau de la wilaya d’Alger.

Par Sihem Bounabi
Le président Tebboune avait précisé, samedi dernier, lors d’une entrevue avec des représentants de la presse nationale, diffusée sur les chaînes de la Télévision et de la Radio nationales, que 37 inspecteurs de la Présidence de la République ont été mobilisés pour mener cette enquête. Il avait également expliqué l’ouverture de ces enquêtes sur le terrain du fait que la problématique récurrente de la pénurie de médicaments n’est pas due à «un problème de moyens matériels ou financiers, car nous avons de l’argent».
Le président du Syndicat national des pharmaciens d’officine (Snapo), Dr Messaoud Belambri, a confirmé, hier, que «les inspections ont déjà commencé dans plusieurs officines et sociétés de distributions au niveau de la wilaya d’Alger». Il commente à ce sujet que «les inspections lancées par la présidence sont une bonne chose. J’espère que cela va donner un constat réel du terrain afin d’œuvrer à garantir la disponibilité du médicament».
Selon d’autres sources, les inspecteurs se sont également déplacés au niveau de la Pharmacie centrale des hôpitaux (PCH) pour connaître l’état des stocks disponibles ainsi que de savoir quelles sont précisément les catégories de médicaments touchées par les perturbations.
Le président du Snapo tient à souligner que les ruptures de médicaments sont récurrentes depuis des années. C’est justement ces perturbations qui sont l’une des raisons qui ont poussé le président de la République à créer un ministère dédié à la pharmacie et aux médicaments qui est le ministère de l’Industrie pharmaceutique.
Ce ministère est ainsi le responsable direct en matière d’importation et il est aussi la tutelle directe et l’autorité des établissements de distributions mais aussi des établissements de production et d’exportation. Il rappelle que «le Snapo a toujours demandé, même quand le marché du médicament était sous la tutelle du ministère, la mise en place de suivi et de contrôle du marché du médicament».
«Lors de la 3e et 4e vagues de la Covid qui ont touché l’Algérie, marquée par des perturbations sur plusieurs catégories de médicaments, notamment celles entrant dans le protocole du traitement Covid, le ministre de l’Industrie pharmaceutique a répondu favorablement aux doléances du Snapo», en soulignant que «des commissions du ministère et de l’Agence nationale des produits pharmaceutiques ont été diligentées pour travailler sur tout le territoire national afin d’assurer le suivi et le contrôle».
Il rappelle également qu’une plateforme numérique a été ouverte pour recevoir les doléances des pharmaciens. «Grâce à cela, il y a eu des constats d’infractions qui ont permis de verbaliser certains contrevenants, et même d’aller jusqu’à des mises en demeure et la fermeture de certains établissements». Il cite d’autres mesures qui ont été prises pour œuvrer à garantir la disponibilité des médicaments dont celle consistant à libérer les stocks de médicaments dans une période de 48 heures et tant au niveau des laboratoires que celui des producteurs.
D’autres mesures importantes ont permis d’avoir plus de visibilité sur la disponibilité des médicament, comme celle d’avoir imposé aux différents opérateurs du secteur de la pharmacie de déclarer leurs stocks chaque fin de semaine et aussi l’instauration d’un système de suivi pour vérifier le respect du programme instauré par le ministère de l’Industrie pharmaceutique, que ce soit le programme d’importation ou le programme de production.
Dr Messaoud Belambri estime ainsi que cet ensemble de mesures a aidé à ce que le marché s’améliore et permis ainsi une meilleure visibilité sur le marché du médicament». Ceci dit, il y a toujours des ruptures qui nous sont signalées au niveau des officines ainsi que des perturbations et des déséquilibres en matière de distribution, expliquant à ce sujet que «parfois il y a des médicaments qui sont disponibles au centre et qui ne le sont pas dans d’autres régions du pays».
Le président du Snapo tient toutefois à affirmer que «ces problèmes de tension et de perturbation sur la disponibilité des médicaments, nous les gérons au quotidien avec le ministère de l’Industrie pharmaceutique et directement avec le président de l’Observatoire et de veille stratégique». Enchaînant qu’«en tant que syndicat, on signale chaque jour toute anomalie dans la disponibilité des médicaments, que ce soit par mail ou par téléphone, en plus des réunions assez régulières de l’observatoire pour faire le point sur la situation du marché du médicament». Il reconnaît que malgré tous les efforts qui ont été faits «il y a certaines parties qui continuent de tarder à libérer les stocks de certains produits».
Finalement, le président du Snapo espère que les conclusions du rapport d’enquête sur la pénurie des médicaments des inspecteurs de la Présidence vont amener le président de la République à prendre des «décisions qui vont assurer et garantir la stabilité future du marché du médicament et que l’on en finisse une bonne fois pour toutes avec ces ruptures».
Il tient également à souligner que c’est «grâce à une production nationale forte et aussi large que possible que le marché du médicament pourra se stabiliser», tout en insistant sur le fait qu’ «il faut continuer ces opérations de suivi et de contrôle du marché du médicament, car c’est l’une des garanties principales pour la stabilité du marché du médicament». <