L’onde de choc de l’odieux crime dont a été victime, il y a quelques jours, Chaïma, une jeune fille de 19 ans, est venue raviver le débat sur la peine de mort. Que ce soit dans les médias (surtout les télés privées) ou sur les réseaux sociaux, l’unanimité semble acquise pour appliquer la loi de Talion sur les auteurs des atrocités dont sont victimes surtout les enfants et les jeunes. Le moratoire appliqué depuis 1993 devient de plus en plus fragile devant la panique morale qui s’empare de la société algérienne. Comment rester insensible devant le désespoir et la détresse des parents ! C’est tout à fait humain et justifié. Toutefois, il faut savoir raison garder. L’émotion, bien compréhensible, ne peut pas, ne doit pas, dicter des décisions impliquant l’avenir des nations.
Le sujet de l’application, ou non, de la peine de mort vient rappeler l’importance des débats de société dont a tellement besoin l’Algérie. C’est que les assassinats et les enlèvements d’enfants ne doivent pas être pris en considération juste dans l’aspect répressif. La société algérienne a besoin de clefs pour comprendre toutes les implications de ces demandes suscitées sous l’émotion. D’où le constat si souvent établi, celui de la non-implication de la classe politique dans la défense des citoyens. Le débat sur la peine de mort, quand il est évoqué, est au mieux survolé par quelques partis. Point de débats sur les tenants et aboutissants de cet enjeu sociétal.
Devant l’inexistence, loin d’être fictive, d’une classe politique représentative, les citoyens ne trouvent pas d’autres moyens d’afficher leurs revendications que sur les réseaux sociaux. Plus l’émotion est grande, plus la pression virtuelle est visible. C’est pourtant un danger pour l’avenir de toutes les sociétés. Quel que soit la représentativité que peuvent se donner les réseaux sociaux, la légitimité est ailleurs. Les partis politiques algériens ont tellement raté de rendez-vous qu’il est indécent de leur part d’oser encore s’afficher. Il ne faut plus se voiler la face, il y a urgence de faire surgir un nouveau « sang ». Le pays n’a plus à accepter de subir une « classe » de façade, et les citoyens ont besoin plus que jamais de relais. La nature a horreur du vide…