En dépit d’un dispositif renforcé antispéculation notamment l’imposition de tarifs de référence, les consommateurs ont enregistré les premiers jours de Ramadhan une énième et scandaleuse flambée des prix des produits des plus prisés pendant cette période.

La tomate à 150 dinars, la courgette entre 100 et 140 dinars , la salade entre 100-130 dinars, la viande bovine fraîche à 1 200-1 600 dinars, la viande congelée à 950 dinars. Une hausse estimée pour certains produits entre 50% à 100%. A comparer avec des prix de référence de 70 dinars pour la courgette 90-110 dinars pour la tomate, 750 dinars pour la viande congelée et 1 000 dinars pour la viande bovine fraîche importée. Cette situation montre encore une fois que les pouvoirs publics sont très loin de maîtriser et de réguler le marché.
A première vue, le système d’alerte mis en place à la veille de Ramadhan, associant les associations de protection des consommateurs et les ménages en vue de parvenir à respecter ces tarifs de référence, n’a pas fonctionné. L’un des maillons des plus importants de ce dispositif, le système de contrôle de ces prix, en un mot, a failli. « La machine répression des prix n’a pas marché », confirme Mustapha Zebdi, président de l’association de protection des consommateurs. La suppression du DAIPS 30% pour la banane et 50% pour la viande congelée et la viande fraîche importée n’a pas influé non plus sur les prix. Le kilogramme de banane était cédé hier à 320 dinars. Un scandale ! En effet, la grève des agents de contrôle et des inspecteurs, chargés de la répression des fraudes, dès les premiers jours de Ramadhan, a en en partie fait capoter le dispositif anti spéculation et livré les ménages à la cupidité des commerçants véreux. Encore une fois, le pouvoir d’achat des ménages a été mis à rude épreuve uniquement pendant les premiers jours du mois béni. Ce plan antispéculation présentait déjà des limites.
Primo : la viande blanche ou le poulet, un produit très prisé pendant cette période, ne fait pas partie de cette panoplie de produits de large consommation touchés par la mesure tarifs de référence. Secundo : ce plan antispéculation ne s’est pas accompagné d’une véritable campagne d’informations et de sensibilisation auprès de la population avec des spots à la télévision, la radio et des communiqués dans les journaux. Le ministère du Commerce a misé surtout sur l’application Aswak. Résultat, nombreux sont les ménages qui ne connaissent pas les tarifs de référence, encore moins l’emplacement des marchés de proximité et des marchés de proximité prévus pour juguler la flambée des prix.
Le site du ministère du Commerce lui-même n’affiche ni ces tarifs de référence ni la « géographie » de ces espaces commerciaux destinés à approvisionner la population. Toutes les communes n’ont pas joué le jeu. « Certaines APC n’ont pas mis en place les marchés au nombre de 60 à Alger, destinés à juguler la spéculation », a ajouté Mustpha Zebdi. Tout cela montre la précipitation avec laquelle été concoctée la feuille de route antispéculation pour le Ramadhan. Ce n’est pas en quelques semaines que les pouvoirs publics peuvent préparer un tel dispositif. La question de maîtrise du marché ne relève pas, loin s’en faut, du conjoncturel. Elle consiste à régler les problèmes structurels qui s’opposent à la stabilité des prix pendant toute l’année. Citons des problèmes d’offre : la production nationale de viande bovine ne couvre que 3% des besoins, d’où le recours à l’importation de bovins vifs et leur abattage en Algérie. La filière aviculture, elle, n’est pas organisée. A cela s’ajoute le nombre insuffisant de marchés de gros de fruits et légumes, de marchés de proximité et d’hypermarchés susceptibles de réguler le marché qui se conjugue à un nombre insuffisant d’agents de contrôle et une absence de coordination entre le ministère du Commerce et celui de l’Intérieur. En particulier, la chaîne de contrôle devrait prévoir des mécanismes qui permettent aux brigades de contrôle d’être accompagnées par les forces de sécurité pour réprimer les manœuvres spéculatives.<