Par Khaled Remouche
Le complexe d’El Hadjar est loin de connaître la stabilité managériale. En effet, les observateurs de la scène économique enregistrent un énième changement à la tête de ce groupement d’installations, fleuron et symbole de l’industrie industrialisante. Lotfi Manaâ, qui occupait le poste de Directeur général-Adjoint, vient d’être nommé Directeur général du complexe sidérurgique d’El Hadjar. Il succède à Redha Belhadj, dont la mission dans le top management de l’entreprise a duré moins d’un an. L’Union de wilaya de l’UGTA rejette ce changement et considère que le prédécesseur de l’actuel Directeur général, nommé selon ce syndicat, par Imetal, le groupe public qui chapeaute cette filiale, comme jeune et compétent. Selon la version de cette tutelle, deux syndicalistes du complexe ont manoeuvré pour limoger Redha Belhadj, en accord avec Imetal. Au-delà de ces tiraillements entre syndicalistes de l’UGTA, cette récurrence de changements n’a pas été sans conséquences sur la bonne reprise de l’activité du complexe. L’entreprise peine à relancer la production d’acier. Les performances de 2020 montrent que ce complexe est plus mal en point que lorsqu’Arcelor Mittal le gérait. Une gestion qui aura d’ailleurs échoué à remettre le complexe sur les rails du développement de la production, 700 000 tonnes d’acier contre 900 000 tonnes à l’époque d’Arcelor Mittal, qui n’était pas pourtant considérée comme une année faste. Elle avait, cependant, chuté sous Arcelor Mittal à 300 000 tonnes. Le complexe peine depuis au moins une décennie à atteindre la barre de 1 million de tonnes/an de produits sidérurgiques. Il devait atteindre la barre de 1,2 million de tonnes à l’issue de la première phase d’investissement en 2018, et 2,2 millions de tonnes en 2020, à l’issue de la seconde phase d’investissement. Ce plan d’investissement qui avait été décidé en 2015 devait coûter plus de 1 milliard de dollars. Six ans après, la production est très loin des 1,2 million de tonnes d’acier projeté en 2018.
Explication. La mauvaise gestion qui a prévalu au sein de ce complexe, en dépit de la présence de cadres compétents au sein de l’entreprise Sider, qui gère ce complexe. Pour preuve. La deuxième phase du plan d’investissement pour réhabiliter et accroître la production d’acier du complexe n’a pas encore démarré. Et le complexe est en butte à de sérieux problèmes d’approvisionnement en coke importé, qui alimente le haut fourneau numéro 2 et qui assure la continuité de la production à El Hadjar, en raison de difficultés financières encouragées par les réticences des banques à le soutenir financièrement, eu égard à la lourde dette qu’il traîne et qu’il est incapable de rembourser.
L’Etat a déjà injecté ces dernières années 26 milliards de dinars, mais sans résultats probants en termes de production. Face à toutes ces difficultés, les banques tardent à rééchelonner la dette de l’entreprise Sider El Hadjar. La contrepartie pourrait être un contrat de performance en échange de libération d’argent frais pour permettre à ce complexe de souffler. Mais encore faut-il que le gouvernement suive ce processus de sauvetage et empêche que des lobbies, tels que celui de l’importation, puissent manoeuvrer pour que le complexe ne réalise pas son potentiel de développement de sa production.
Mais qui a intérêt à l’enlisement d’El Hadjar dans la crise. Selon des versions parues dans la presse, des parties syndicales travaillent pour des privilèges liés à l’importation de la coke. Le lobby de l’importation de produits sidérurgiques ne semble pas en reste. Sinon comment expliquer que l’Algérie continue à importer des billettes d’acier et du rond à béton, alors qu’il est dans les possibilités du gouvernement de favoriser la satisfaction à 100 % du marché national en billettes et ronds à béton en mettant en synergie les apports des complexes sidérurgiques de Tosyali à Oran, d’AQS à Bellara et Sider à El Hadjar. Il n’est pas normal que le complexe d’El Hadjar devienne moins intégré en important les billettes alors qu’il a des atouts. Il est le seul à produire des aciers plats en Algérie mais en quantités insuffisantes. Dans cette partie, le gouvernement a un rôle important à jouer en interdisant ou fiscalisant fortement les importations et en encourageant les complexes de Tosyali, d’AQS et d’El Hadjar d’engager leurs investissements pour produire en particulier davantage d’aciers plats au profit de l’industrie automobile et électroménager. Il doit donner avant tout de la lisibilité et de la visibilité quant à l’émergence d’une véritable industrie automobile et d’une filière électroménager plus intégrée. Il doit donc aller plus rapidement dans ces directions.
L’enjeu est le positionnement à moyen terme de l’Algérie, comme acteur important dans le marché sidérurgique à l’échelle du bassin méditerranéen et de la zone Afrique du Nord-Moyen-Orient.