Le syndicat UGTA de l’entreprise nationale des industries électroménagères (ENIEM) à Tizi Ouzou devrait tenir au mois de septembre prochain une importante réunion d’évaluation de la situation économique et financière que connait actuellement cet ancien joyau de l’électroménager grand public en Algérie. Selon son communiqué du 23 août dernier, cette rencontre dénommée «conférence nationale» devrait servir d’occasion à ce partenaire social pour lancer au gouvernement un énième appel de sauvetage et d’injection de nouveaux capitaux afin de maintenir l’entreprise en activité.

Par Kahina Sidhoum
C’est ce que l’on comprend du document publié par le syndicat et dont les points principaux concernent l’information selon laquelle le très fragile mastodonte Eniem a épuisé les stocks d’équipements nécessaires à la sauvegarde de la production, ainsi que son «impératif besoin d’un fonds d’exploitation de 3 milliards de dinars» afin d’éviter la fermeture de ses unités. L’entreprise est «au bord de l’asphyxie financière», et risque «sous peu de retomber dans une cessation d’activité», prévient le syndicat qui compare son sinistre à celui de toute la Kabylie après les incendies qui ont détruit à la mi-août son patrimoine forestier et une partie très importante de son économie agricole et locale. «Tout comme la Kabylie, aujourd’hui, notre entreprise est sinistrée», déclare le partenaire social, présentant une entreprise «incapable d’assurer son approvisionnement en matières premières, et dénonçant des promesses du gouvernement qui «tardent à prendre corps».
Les difficultés financières que connaît l’entreprise, «plutôt que de s’estomper, s’accentuent faute d’un renflouement conséquent à même d’impulser une réelle et pérenne relance d’activité», ajoute-t-il, affirmant que «le point zéro est atteint avec un épuisement total des stocks à la fois de la matière première et des produits finis». Pour le syndicat UGTA de l’ENIEM, «la sortie de crise passe forcément par la mise en place d’un plan de sauvetage incluant l’octroi d’un crédit d’investissement conséquent à même de permettre à l’entreprise de rénover ses outils de production».
Sa revendication n’est pas nouvelle et fait partie des pièces constitutives du long et dramatique feuilleton de crise que connait l’entreprise, dont l’histoire récente se confond avec le nombre incalculable de SOS lancés à l’Exécutif. Mais c’est la première fois qu’elle la reformule devant le gouvernement d’Aïmene Benabderrahmane.
Au Premier ministre et argentier du pays, le syndicat appelle au «le gel du décret 20-313 fixant les conditions et modalités d’admission au bénéfice du régime fiscal préférentiel» pour donner à l’entreprise le temps nécessaire «d’atteindre le taux d’intégration fixé dans le décret». Il réclame le fonds d’exploitation déjà mentionné pour le financement du «cycle opérationnel» de l’entreprise, ainsi que l’effacement de ses dettes ou un moratoire pour la libérer des contraintes liées au service de la dette.
Nommé en juin dernier à la tête du gouvernement, M. Benabderrahmane va être confronté à un dossier non seulement lourd, mais emblématique de toutes ces nombreuses entreprises publiques à la situation financière catastrophique et au coût social devenu encore plus insupportable dans le contexte économique global actuel.
Au vu de la situation dramatique vécue par la Kabylie, il y a de fortes probabilités que le Premier ministre et ministre des Finances mette de côté l’orthodoxie financière au profit d’une approche sociopolitique qu’il aura du mal à défendre longtemps. A suivre.